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Charles Le Blanc. Published by University of Ottawa Press. For additional information about this book

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Laïcité et humanisme Charles Le Blanc Published by University of Ottawa Press Blanc, Le. Laïcité et humanisme. Ottawa: University of Ottawa Press, Project MUSE., For additional
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Laïcité et humanisme Charles Le Blanc Published by University of Ottawa Press Blanc, Le. Laïcité et humanisme. Ottawa: University of Ottawa Press, Project MUSE., For additional information about this book Access provided at 4 Jul :36 GMT with no institutional affiliation Valeurs, humanisme et transhumanisme Jacques Dufresne Il y a un peu plus d un siècle, Mistral observait : «Devant l homme conquérant, Dieu pas à pas se retirant.» Il dirait aujourd hui : «Devant la machine conquérante, l homme pas à pas se retirant» L homme et la vie, la vie et ses couleurs! Le texte que je vous propose n était pas destiné à un ouvrage collectif sur la laïcité ou la neutralité de l État (je ne parviens pas à dissocier ces deux choses) dans le contexte québécois actuel. Il se termine en outre par une proposition qui ressemble fort à une boutade : transplanter Gaïa et Elzéar Bouffier devant le parlement de Québec. Une introduction s impose. Je suis à ce point préoccupé par le recul de la vie que je ne parviens pas à m intéresser vraiment au débat sur la laïcité et la neutralité ; ou plutôt je subordonne ce débat à celui que je tente de lancer sur ces peaux de chagrin que sont devenues la vie en général et celle des humains en particulier. Les abeilles disparaissent! Plusieurs s en réjouissent dans les hautes sphères de la technoscience. Tant mieux, cela va créer un marché pour les petits drones pollinisateurs du MIT. De la couleur des peuples, on passe à la grisaille des masses. Tant mieux, on ne distinguera bientôt plus les robots des humains et cela va permettre de créer des débouchés pour les algorithmes. L économie mondiale évolue déjà au rythme des algorithmes, hors de la portée du jugement humain. L humanisme moderne eut un effet libérateur ou perçu comme tel sur les humains. Il a pendant longtemps exalté la vie sans la 42 Laïcité et humanisme menacer. Il la menace aujourd hui. Il fournit un cadre philosophique à ce transhumanisme qui pousse à leur limite ces deux révoltes indissociables : contre la mort et contre la vie. Dans la mesure, et cette mesure est grande, où l humanisme moderne a partie liée avec la laïcité et la neutralité de l État, je prends mes distances par rapport à ces valeurs (s agit-il vraiment de valeurs?). «L État le plus froid de tous les monstres froids!» (Nietzsche) Je ne veux pas refroidir ce monstre davantage. Mais je crains encore plus les fondamentalismes, ces religions qui faute d avoir été purifiées par la modernité se figent dans l ignorance ; je ne voudrais pas les voir entrer dans l État, ne fût-ce que par une porte latérale. J appelle de mes vœux un réenchantement du monde qui serait aussi une résistance aux menaces qui pèsent sur la vie, sur le climat en particulier, et qui, pour être efficace, devrait devenir une source d inspiration pour l État. Les récentes mosaïcultures de Montréal ont marqué à mes yeux une étape vers un tel réenchantement. 1. Les valeurs, l humanisme et le transhumanisme Le débat sur les valeurs en cours au Québec nous fournit une bonne occasion de poser les deux grandes questions relatives à l avenir d un peuple : où voulons-nous aller, vers où sommes-nous emportés? Bien d autres francophones dans le monde auraient de bonnes raisons de s engager dans une telle réflexion. Il nous faut d abord répondre à la seconde question, car c est seulement dans la mesure où nous connaîtrons les forces qui nous déterminent que nous pouvons espérer en infléchir le cours dans la direction que nous souhaitons. Il n est plus permis d en douter, nous sommes emportés de plus en plus loin de la nature et de la vie par deux courants renforcés par la mondialisation : un certain humanisme moderne, d origine européenne, et un progressisme extrême, d origine américaine, qu il faut désormais assimiler à ce qu on appelle le transhumanisme, doctrine selon laquelle l être humain augmenté par la machine, et surnommé le cyborg, marque une nouvelle étape dans l évolution. Valeurs, humanisme et transhumanisme Humanisme et humanisme Ces deux courants convergent l un vers l autre. Cette convergence n apparaît toutefois clairement que si l on évite de confondre le sens familier du mot humanisme avec son sens philosophique. Dans son sens familier, vague hélas!, il désigne des personnes bonnes, humaines, pleines de sollicitude pour leurs semblables, éprouvant à un haut degré le respect de la vie et le sentiment de l égalité entre les êtres. L idéal de l homme-machine est incompatible avec l humanisme ainsi compris. Point de convergence ici. Le sens philosophique est toutefois bien différent. L humaniste, tel qu on le définit à ce niveau de langage, peut certes posséder les plus hautes qualités morales, mais il est d abord celui pour qui tout gravite autour de l homme, par opposition au Grec ancien et à l homme du Moyen Âge, pour qui tout gravitait autour de Dieu. Luc Ferry, l un des philosophes français les plus en vue en ce moment, vient de consacrer à cette conception de l humanisme un livre dont la clarté, quoique trompeuse, a le mérite de dissiper les amalgames. C est cet humanisme que nous avons à l esprit quand nous disons que l humanisme et le transhumanisme convergent vers le même objectif. Le texte fondateur de l humanisme, soutient-il, est le discours De la dignité de l homme de Pic de la Mirandole. Pic y raconte la création en prenant à son compte un mythe raconté par Platon dans le Protagoras. Cette création est l œuvre de deux frères demidieux, Épiméthée et Prométhée. Épiméthée dessine les animaux, espèce par espèce, il leur assigne un territoire, leur donne les organes dont ils auront besoin pour y survivre. Après avoir ainsi façonné leur essence, leur archétype, il les lance dans l existence. Mais quand vient le temps de créer l homme, Épiméthée, qui n est pas le plus intelligent des deux frères, est à bout de ressources. Prométhée prend la relève. Au lieu de concevoir un nouvel être dont l adaptation à son milieu sera préétablie, comme dans le cas des animaux, il créera un être capable de s adapter aux situations les plus diverses. Cet être n aura pas d essence, pas de nature : il sera libre. Il pourra se faire lui-même sans avoir pour cela à imiter un modèle transcendant. 44 Laïcité et humanisme Dans la tradition, on situait l homme à mi-chemin entre les animaux et les habitants du monde supérieur, anges ou dieux. On pouvait dire aussi de lui qu il avait des racines dans la terre et des antennes dans le ciel et qu il tirait de ces deux sources l énergie nécessaire à sa croissance. Pic, selon l interprétation de Luc Ferry, estimait que cette position intermédiaire ne rendait pas justice à l homme. En effet, écrit Luc Ferry, si l homme n est qu un intermédiaire entre les animaux et les dieux (ou les anges), il serait logique de lui préférer ces derniers. Tout l enjeu du discours De la dignité de l homme et de la fondation de l humanisme est de montrer que l être humain est la créature la plus admirable de toutes, justement parce qu elle est hors du monde, c est-à-dire hors nature, cette position d extraterritorialité lui conférant une qualité très particulière, la liberté, dont ni les animaux ni même les anges ne peuvent se prévaloir (les anges ne peuvent que faire le bien, ils ne peuvent donc pas choisir entre le bien et le mal). Or c est précisément cette qualité qui fait de l homme un être moral, un être capable de choisir entre le bien et le mal, mais aussi un être d historicité, capable d inventer lui-même librement son propre destin, de façonner son histoire 1. «Hors nature, hors du monde», cela veut dire dépourvu de racines dans la terre et d antennes dans le ciel. Cet être est un déraciné métaphysique. Certes, Ferry a raison quand il rappelle que c est sa liberté qui fait de l homme un être moral. Il oublie seulement de préciser que la liberté n est pas absolue comme il la conçoit, mais limitée, obligée de composer avec la nature et la surnature. Luc Ferry montre ensuite comment, par le biais de Rousseau et Kant notamment, cette conception de l homme trouvera sa forme définitive au xx e siècle dans l œuvre de Sartre, centrée sur l idée que l existence précède l essence. Aux yeux de Ferry, la 1. Luc Ferry, Pic de la Mirandole : la naissance de l humanisme, Paris, Flammarion, 2012, p. 13. Valeurs, humanisme et transhumanisme 45 ressemblance entre cette idée de Sartre et l intuition de Pic sur la dignité de l homme est telle que Sartre aurait dû considérer Pic comme le fondateur de sa lignée intellectuelle, ce qu il n a pas fait, précise Ferry, parce qu il ignorait l histoire de la philosophie. Les droits de l homme occupent une place centrale dans l humanisme moderne. Quels sont leurs fondements puisqu il n y a pas de nature humaine? Voici la réponse de Ferry : Première conséquence de cette idée républicaine héritée de Rousseau, de Kant et de Voltaire, et enracinée dans l anthropologie de Protagoras et de Pic : il n y a pas de nature humaine, au sens du moins d un logiciel, d un programme de l instinct qui nous enfermerait dans un destin préformé ce qui ouvre la voie aux grandes déclarations des droits de l homme, mais aussi à l antiracisme et à l antisexisme 2. [ ] La déclaration française des droits de l homme de 1789 est, en effet, inséparable de cette nouvelle anthropologie humaniste : elle signifie d abord que l être humain a des droits indépendamment, abstraction faite (ce pour quoi on parlera d humanisme «abstrait») de tous ses enracinements communautaires. L homme mérite d être respecté et protégé, quels que soient sa nationalité, sa langue, sa religion, sa race ou son sexe quelle que soit, en somme, sa communauté «naturelle», au sens où l appartenance communautaire serait comme une seconde nature idée qui va radicalement à l encontre des principes fondamentaux de l Ancien Régime 3. Puisque rien ne lui est donné par sa nature, ni reçu d en haut, il doit tout construire. On retrouve ici le constructivisme de rigueur dans les écoles du Québec. «En l animal, la nature parle tout le temps, à travers ce qu on appelle l instinct naturel.» Dans l être 2. Ibid., p Ibid. 46 Laïcité et humanisme humain, au contraire, comme le déclare Rousseau, «la volonté parle encore quand la nature se tait». Cette phrase contient déjà en germe toute la politique moderne, antiaristocratique, antinaturaliste et volontiers réformiste, voire révolutionnaire : elle signifie que «l histoire n est pas notre code», pour reprendre la formule célèbre de Rabaut Saint-Étienne à propos de la Révolution française. Nous construisons par la volonté un monde démocratique c est ce qu on a appelé le «constructivisme», un monde de droits qui n est pas naturel, un monde antinaturel en ce sens qu il va pouvoir être animé, du moins en principe, par la volonté de protéger les plus faibles, ceux que la sélection naturelle éliminerait sans scrupule.» Tel est l humanisme, et la modernité, auquel l élite du Québec, l élite intellectuelle et l élite des affaires, a adhéré avec d autant plus d enthousiasme qu elle le faisait avec deux siècles de retard par rapport à son homologue française. On voit à une première lecture, même superficielle, du texte de Ferry d où naîtront les conflits : de l opposition entre l enracinement dans des communautés naturelles et les idéaux abstraits, mais aussi et davantage peut-être de l opposition entre l humanisme moderne comme tel et les religions. En principe, pour un croyant, tout gravite autour de Dieu. Opposition qui va souvent jusqu au mépris. Il y a du mépris pour les religions dans l attitude qui consiste à les renvoyer, en marge de la sphère d influence, dans une fosse commune où toutes s équivalent. Philosopher, disait Hegel, c est penser la religion c està-dire chercher la meilleure. Quand on les traite toutes avec un égal mépris, on dissuade les gens de s intéresser à elles. C est la meilleure méthode pour s assurer de leur disparition. 3. Quand l humanisme nous éloigne de l homme Vers où précisément sommes-nous emportés par cet humanisme moderne? Vers une humanité de plus en plus abstraite, où les liens vivants d appartenance, si bien décrits par Lévis-Strauss, sont remplacés par des rapports juridiques avec l État protecteur des droits individuels. On a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite alors qu elle est faite d habitudes, d usages, et qu en Valeurs, humanisme et transhumanisme 47 broyant ceux-ci sous les meules de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l état d atomes interchangeables et anonymes. La liberté véritable ne peut avoir qu un contenu concret : elle est faite d équilibres entre des petites appartenances, de menues solidarités : ce contre quoi les idées théoriques qu on proclame rationnelles s acharnent ; quand elles sont parvenues à leurs fins, il ne reste plus qu à s entre-détruire. Nous observons aujourd hui le résultat 4. L érosion de ces liens provoque l uniformisation. Les choses se passent dans tous les domaines comme dans celui du vêtement. On se libère du costume traditionnel, signe de l appartenance à une communauté, pour choisir le même jeans ou le même débraillé dans de nombreux pays. 4. Le transhumanisme est un humanisme L humanisme moderne, selon Luc Ferry, fournit au transhumanisme un cadre philosophique qui lui convient parfaitement, à quelques détails près. Luc Ferry précise en effet que la protection des plus faibles, qui n existe pas dans la nature, est l une des caractéristiques de l humanisme. Or, elle n est sûrement pas le premier souci des transhumanistes, qui sont ouvertement favorables, d une part à l eugénisme, d autre part à une hiérarchie au sommet de laquelle se trouvent les QuIstres (hauts QI) et les milliardaires. Force est de reconnaître qu en pratique, les humanistes font passer leur liberté absolue avant leur sollicitude pour les plus faibles. L avortement et l eugénisme ne seraient sûrement pas choses légales ou admises dans les pays laïcs et modernes s ils allaient à l encontre des principes humanistes tels que définis par Luc Ferry. Ce même humanisme ne s est-il pas fort bien accommodé d une mondialisation qui a provoqué l émergence d une élite internationale, confirmant ainsi le diagnostic sur la mondialisation que formulait Christopher Lasch dans The Revolt of the Elites? 4. Didier Éribon, De près et de loin, Claude Lévi-Strauss, Paris, Éditions Odile Jacob, 1988, p. 165. 48 Laïcité et humanisme Cette nouvelle élite, habile au maniement des symboles, mathématiques, informatiques et langagiers, est persuadée qu elle ne doit rien à personne, devant ses succès et à son haut degré d instruction. Cette élite méritocratique, mobile, bardée de diplômes, citoyenne du monde, friande d exotisme et de cosmopolitisme, a peu de sympathie pour la classe moyenne, trop inculte et mal dégrossie pour elle. Plutôt que de se sentir un devoir de solidarité envers la communauté et la nation, elle recherche la compagnie de ses pairs, se réfugie dans des banlieues aseptisées et compte ses sous. Quand est paru, en 1998, Après l homme, le cyborg, le premier livre en français sur cette question, le transhumanisme n était encore le fait que d un petit nombre de brillants chercheurs en intelligence artificielle : Hans Moravec, Marvin Minsky et Ray Kurzweil. Cet embryon est aujourd hui un colosse célébré par le Time Magazine, par Larry Page, le président de Google, et Arthur Levinson, le président d Apple, par Dan Brown, auteur du Da Vinci Code et de Inferno, par Elon Musk, le nouveau Prométhée, innovant de façon insolente à la fois dans l industrie spatiale, dans celle de l automobile et dans celle des panneaux solaires. Musk semble être comme Peter Thiel, l autre cofondateur de Pay Pal, dans la mouvance transhumaniste plutôt qu en son centre. Le premier assure le financement d un institut de recherche sur l immortalité, le second veut assurer un refuge dans l espace, sur Mars d abord, aux immortels qui voudront fuir une terre de plus en plus inhospitalière. Il a été question sur ce site d Ayn Rand et du mouvement Objectivist qu elle a fondé. Personne ne s étonnera de ce qu un rapprochement entre ces deux progressismes extrêmes, objectivisme et transhumanisme, soit en vue. Même expansion du côté des religions. On a créé une association transhumaniste mormone pendant que des philosophes et des théologiens chrétiens s efforçaient de démontrer qu il y a plus de ressemblance que de différence entre la vision du monde de Teilhard de Chardin et celle des deux personnes que l on considère comme les maîtres à penser du transhumanisme, Nick Bostrom et Ray Kurzweil. Même si le mouvement demeure hétérogène, on peut le reconnaître à quelques caractéristiques Valeurs, humanisme et transhumanisme 49 communes, dont on trouvera diverses illustrations sur notre site Homo Vivens, consacré à la défense de l homme en tant qu être vivant : Réduction du vivant au mécanique ; Réduction de l être humain à son cerveau ; Révolte ouverte contre la mort ; Aspiration non moins ouverte à l immortalité sur terre, dût-elle prendre d abord la forme de la survie des circuits neuronaux sur un disque dur ; Croyance dans l émergence, par le biais des réseaux virtuels, d une intelligence collective semblable à ce que Teilhard de Chardin appelait la noosphère ; Colonisation de l espace, de Mars en particulier, comme mission essentielle de l humanité ; La science-fiction passant dans la réalité ; Augmentation (enhancement) des organes, à commencer par le cerveau ; Régression de l autonomie, montée de l hétéronomie ; Priorité aux riches en argent et en intelligence ; Mépris du passé ; Volontarisme, constructivisme. Ne sommes-nous pas tous à des degrés divers engagés dans plusieurs de ces voies, sinon dans toutes? Cela suffirait à expliquer le succès du transhumanisme. 5. L emmachination Vers où sommes-nous emportés, demandions-nous? Humanisme et transhumanisme concourent à faire dériver l homo vivens vers l homme-machine. Nous sommes au point de rencontre du robot qui devient homme (c est du moins ce que prétendent les transhumanistes) et de l homme qui devient robot, qui prend comme modèle la voiture sans chauffeur. Pendant ce temps, la vie se retire, preuve que la raison instrumentale (que Luc Ferry ne rattache pas à l humanisme) s attaque aux sociétés humaines en même temps qu à la nature. L uniformisation se poursuit, la grisaille s installe, car c est de la vie de la nature que proviennent la diversité, les couleurs. Bien des gens se montrent sceptiques quand on évoque devant eux ce processus d uniformisation et d emmachination. «Nous ne voyons rien de tel autour de nous», disent-ils. Et ces voix de synthèse qu on entend tous les jours au téléphone, et ces robots répondeurs qui servent d interfaces entre le citoyen et ses gouvernements, entre le consommateur et ses fournisseurs? L inconscience, l insouciance avec lesquelles nous nous sommes habitués à ces facteurs 50 Laïcité et humanisme de déshumanisation obligent à prévoir le pire pour l avenir. Plusieurs sont persuadés que l argent que nous font gagner les machines parlantes nous donnera des loisirs que nous pourrons remplir de rapports si humains que l absence de rapports humains avec les employés de l État et des banques sera largement compensée. C est une illusion. La seule vie sociale possible se trouve dans les petites appartenances dont parle Lévi-Strauss. Hors de cette vie, il n y a plus de rencontres, il n y a que des contacts. Est-ce bien vers ce pire que nous voulons aller? Tantôt dans le Québec profond, tantôt parmi les musulmans immigrés à Montréal, on observe des réactions identitaires, résurgences des libertés concrètes dont parle Lévi-Strauss. Les Québécois attachés à leurs racines exigent que les immigrants respectent leurs traditions. C est là, dans le contexte actuel, un signe d authenticité. Dans le même esprit, de nombreuses femmes musulmanes tiennent à porter des vêtements correspondant à leurs convictions religieuses. C est
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