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J ai fini par descendre à l aide de la balustrade. Sur le balcon, le vent me rafraîchissait mais dans cette cour confinée, j ai été pris à la gorge

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2 2 J ai fini par descendre à l aide de la balustrade. Sur le balcon, le vent me rafraîchissait mais dans cette cour confinée, j ai été pris à la gorge par la chaleur du mois d août et ma chemise s est
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2 2 J ai fini par descendre à l aide de la balustrade. Sur le balcon, le vent me rafraîchissait mais dans cette cour confinée, j ai été pris à la gorge par la chaleur du mois d août et ma chemise s est vite révélée une torture, sans parler du pantalon à pince auquel je ne réussissais pas à m habituer. Je n ai jamais compris ce qui provoque le bourdonnement dans mes oreilles dès lors que la température dépasse 25 degrés. Je guette cette sensation qui me rappelle instantanément un rêve récurent : je marche sur une plage désertée où le ressac résonne et cogne contre les rochers. Le plus souvent, je suis tout seul. Quelque fois, je crois voir quelqu un, au loin. Dans la cour, mon vertige se calme après quelques temps. Aux aguets, je suis pris d un doute : les miaulements distincts que j entendais depuis le balcon sont inaudibles ici Je réalise de plus que, sans échelle, j ai peu de chance de remonter dans l appartement avant le retour de l inconnu. Le fait qu il ait une clé de la maison reste une énigme mais du fond de ce puits étouffant de chaleur, il représente mon seul espoir. S il veut que j aille 2 3 jusqu au bout de sa mission, il faudra bien qu il trouve le moyen de me sortir de là. Pour l instant, muni d une bouteille d eau, d un bol et de quelques croquettes, j installe un piège destiné à attirer le Chat près de moi. Il m en veut encore mais il n a rien bu depuis hier, je sais qu il finira par venir. Je n ai pas de stratégie pour le retenir, pas même une boîte dans laquelle l enfermer. J ai encore l espoir dérisoire que notre abandon nous rapproche ; devant son dédain, je regrette la loyauté un peu pathétique de mon chien. Le Chat lui, agit comme si le départ de Rose était ma faute. Il ne m est d aucun réconfort. Rose a disparu il y a maintenant 3 semaines. Je n avais pas entendu le son de sa voix depuis bien longtemps déjà, mais je voyais bien qu elle se préparait. Elle n utilisait plus qu une béquille et mettait plus de détermination dans les mouvements que le kiné lui avait montré afin qu elle continue seule la rééducation. Je sais pourquoi elle est partie mais je ne sais toujours pas quand notre histoire a basculé. * * * Je suis partie il y a trois semaines. Je n en pouvais plus de voir que même le Chat faisait la tête. Je ne sais pas où en sont mes élèves. Seul Bastien m envoie toujours par ses rédactions, dans 24 lesquelles il décrit avec minutie et talent des mondes extraordinaires. Il me donne des nouvelles de Charles dont je ne sais que faire. Il continue l athlétisme avec lui : il est distrait mais il reste le moniteur préféré des enfants. Bastien m explique aussi qu un homme inconnu a récemment confié une mission à Charles et qu il n en comprend pas encore bien le but. Charles doit, entre autre, s abstenir de prononcer le mot. Ce n est pas un mot qu on utilise souvent mais il suffit de ne pas avoir le droit de le dire pour en avoir besoin. Bastien explique que Charles, consciencieux, n a évidemment pas prononcé le mot interdit. Il n a pas même daigner l écrire. Ce mot doit être banni à tout prix, lui a-t-il asséné. Cette histoire m en rappelle d autres. J ai longuement écouté les élucubrations et les théories diverses de Charles, sans les commenter et sans mentionner les plus anciennes lorsqu il en présentait des toutes fraîches, allant totalement à l encontre des précédentes. Il y a quatre ans, quand je l ai rencontré, je le trouvais exalté, passionné. J aimais son emphase et ses idées farfelues. Je riais de ses exagérations un peu enfantines. Dans les derniers temps, je n en pouvais plus de ses diatribes et de ses certitudes irrationnelles. Je n en pouvais plus de ses quêtes et de ses espérances puériles. 2 5 Celle qui avait marqué le début de ma lassitude était sa conviction qu à partir de la trentaine, chaque personne se retrouve immanquablement affublée d une mauvaise haleine, quelque soit l heure de la journée et peu importe son hygiène, son alimentation, le fait qu elle fume ou non. Il s agissait pour lui d une fatalité, d un premier signe vers la décrépitude du corps humain aussi flagrant qu une première ride ou l apparition d un cheveu blanc. J avais pris sur moi pour ne pas gâcher la soirée alors qu il soutenait cela au beau milieu de la fête que j organisais pour mes 29 ans. * * * Je n ai pas pris de montre avant de quitter l appartement. Cela doit bien faire trois heures, maintenant, que j attends dans cette cour, sous la chaleur accablante du milieu d après-midi. J ai bu presque toute l eau que j avais prise pour le Chat, qui ne s est toujours pas manifesté d ailleurs. Il doit roupiller quelque part dans le vieil atelier désaffecté du rez-de-chaussé. Je somnole, je rêve éveillé, tout se mélange. Le bourdonnement continue dans mes oreilles, il s étend aux tempes. J ai l impression que mon cerveau cherche à s évader de ma boîte crânienne. Je me rappelle que, peu de temps avant que Rose parte, mes rêves m avaient encore porté sur cette plage inconnue. 26
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