of 29

Jules Claretie. Bouddha. Collection Romans / Nouvelles. Retrouvez cette oeuvre et beaucoup d'autres sur

0 views
All materials on our website are shared by users. If you have any questions about copyright issues, please report us to resolve them. We are always happy to assist you.
Share
Description
Jules Claretie Collection Romans / Nouvelles Retrouvez cette oeuvre et beaucoup d'autres sur Table des matières...1 I...2 II...8 III...12 IV...16 V...25 i Auteur : Jules
Transcript
Jules Claretie Collection Romans / Nouvelles Retrouvez cette oeuvre et beaucoup d'autres sur Table des matières...1 I...2 II...8 III...12 IV...16 V...25 i Auteur : Jules Claretie Catégorie : Romans / Nouvelles Sur le balcon du Cercle des Armées de Terre et de Mer, en achevant leur café, ils causaient, se retrouvant là après des mois et des mois, des mois d'exil, de maladie, de batailles, de blessures. Licence : Domaine public 1 I Sur le balcon du Cercle des Armées de Terre et de Mer, en achevant leur café, ils causaient, se retrouvant là après des mois et des mois, des mois d'exil, de maladie, de batailles, de blessures. En tête à tête, dans le délicieux bavardage du premier cigare, après le café, les deux camarades souriaient, évoquant les années enfuies, les souvenirs de l'école, les promenades militaires, les jours de sortie, d'examen ou d'escapade, et la première épaulette et la dernière revue, la revue d'hier, à Longchamps, devant les tribunes, ce défilé des Tonkinois sous les acclamations d'une foule, les sourires des mères, les bravos des anciens, les larmes des femmes. Tous deux décorés de la Légion d'honneur, l'un des deux amis, la taille fine serrée dans la redingote bourgeoise, regardait, sur la tunique bleu de ciel des officiers de turcos que portait son camarade, la médaille d'argent qui pendait au bout du large ruban semé de vert clair et de jaune, avec ses noms barbares représentant deux ans de sacrifices, deux ans d'héroïsme : Son Tay, Bac Ninh, Fou Tcheou, Formose, Tuyen Quan, Pescadores ; et tout en fumant, il se disait qu'il en avait fallu du sang de braves gens, Africains, Alsaciens, Bretons, Berrichons, petits troupiers, fantassins, fusiliers marins, chasseurs à cheval, soldats du train, et tant d'autres, tant d'autres, pour écrire là, sur une médaille d'argent, ces deux dates : , et les quarante huit lettres de ces six noms de victoires! L'officier de turcos vingt huit ou trente ans, blond, gai, souriant, la joue bronzée à peine par le hâle de la mer et du vent d'asie regardait devant lui, le coude appuyé sur la balustrade du balcon en fer forgé. Il regardait devant lui et se sentait heureux de vivre, humant l'air plus frais de ce soir d'août après une journée chaude. Un brouhaha de fiacres, d'omnibus, un vague murmure de voix montaient de l'avenue de l'opéra comme un lointain bruit de houle, et là, sous ses yeux, comme un décor, se découpait sur le ciel tout bleu la masse blanche I 2 de l'opéra, éclairée fantastiquement par la lumière électrique, l'opéra, illuminé, avec des silhouettes noires allant et venant sur les marches, et les deux groupes sculptés se détachant avec de vagues reflets d'or, tandis que l'apollon géant se perdait plus haut, dans le bleu noir, comme une ombre géante. Et c'était une féerie pour l'exilé, retour d'asie, de respirer cette atmosphère de Paris, cet air, ce bruit, cette poussière de Paris ; il se détournait, pour regarder, après l'opéra, la double file de lumières de l'avenue aboutissant, là bas, à une autre masse lumineuse dont les traînées de gaz flambaient au loin : la Comédie Française. Tout Paris dans un coin de Paris! Le boulevard deux pas, là, sous son regard, et des passants, et des voitures, dont les lanternes filaient comme des lucioles, et des femmes en toilettes claires, et la griserie d'un soir d'été, avec la caresse molle d'une chaleur qui tombe et le sourd murmure indistinct de la foule, ce murmure fait de causeries, de rires, de propos envolés, perdus comme cette fumée de cigare Et pendant un moment il restait là, appuyant sa tête au dossier de la chaise cannée, comme se laissant aller sur un rocking chair ; et il n'écoutait rien, n'entendait rien, ni le bruit mâle des voix des camarades qui arrivait jusqu'au balcon par les fenêtres ouvertes du Cercle, ni les causeries des voisins, attablés près d'eux sur le balcon et prenant le kummel. Alors, dit brusquement le jeune homme en habit bourgeois, il te plaît toujours, ce diable de Paris? S'il me plaît? Et le turco leva la main avec une sorte de respect passionné, un geste de vénération ardente, comme s'il se fût agi d'une femme. C'est à dire que je le trouve plus adorable que jamais! Je ne sais pas, vrai, je ne sais pas comment on peut vivre loin de lui! Je me demande comment j'ai pu passer sans mourir d'ennui mes années de campagne. Et quand je pense que je l'ai quitté, ce Paris, pour Alger et le Tonkin avec une joie de collégien échappant au bahut! Parisien jusqu'aux moelles, moi, et cependant promenant mes os un peu partout, quitte à les laisser un jour quelque part! Mais, parole d'honneur, il n'y a que Paris au monde! Tiens, il n'y a pas de paysage d'asie, de nuit d'algérie, rien qui vaille cette carte d'échantillon que nous voyons d'ici!... Oui, là, ces affiches! Il montrait du doigt, à l'étalage de l'agence des Théâtres, les affiches I 3 jaunes, bleues, saumon ou roses, et les placards enluminés de coloriage, qui donnaient les titres des pièces qu'on jouait le soir, les programmes illustrés de l'hippodrome ou de l'éden. Ce coin de paysage là, mon cher Roger, ça vaut tous les autres!... Ah! les théâtres! Quand on a été voir jouer, sur le théâtre d'alger, la Favorite ou la Mascotte, par de vénérables personnes qui on pourrait distribuer la Guanhumara des Burgraves, et qu'on a essayé d'avaler les drames chinois que les acteurs d'hué dévident pendant des jours et des jours, comme un rouleau sans fin, les drames en trois soirées du père Dumas sont des levers de rideau côté de ça ; quand on a été sevré des acteurs de Paris, si tu savais ce que ces bouts d'affiche contiennent de promesses et d'allèchements!... L'officier s'arrêta, laissant un moment sa pensée se fondre comme son londrès, puis tout à coup il se redressa brusquement sur sa chaise. Par dessus le bourdonnement des chars et le bruit de houle des passants, un air sautillant et vif, un air d'opérette enlevé gaiement sur un piano, venait à lui, comme une bouffée de vent, par quelque fenêtre ouverte. Tiens! dit il, l'air de!...? Oui, dans l'opérette des Nouveautés, la Petite Mousmée, tu sais bien... Non. L'air que chantait Antonia Boulard. Ah! ah! Antonia! Encore! Toujours, fit le turco en essayant de sourire. Quoique... si tu savais, mon cher! Il s'arrêta encore, écoutant toujours l'air pétillant qui montait vers lui comme une mousse de champagne au haut du verre, et, instinctivement, ses doigts battant la mesure sur la table de marbre, il se laissait aller à murmurer le fredon d'autrefois, le couplet de la petite mousmée d'yokohama, amoureuse du dieu : Ah!,, Mon petit, Que tu m'as fait de la peine! me bouda Le cruel! Je l'implore à perdre haleine! I 4 Ah!, Cher, Doux... Et pendant qu'il murmurait, dans sa moustache blonde, le couplet de l'opérette oubliée, du succès parisien d'il y avait trois hivers, le joli garçon rieur devenait sérieux ; lentement une ride se creusait entre ses sourcils, et son oeil bleu, son oeil franc, clair et bon, s'emplissait comme d'un voile de brume. me bouda, Le cruel... Est ce drôle, dit il tout à coup en s'interrompant, il m'énerve maintenant, ce refrain là! Et je l'ai tant chanté et rechanté là bas!...! Je ne t'ai pas dit l'histoire du d'antonia?... Non?... Comique et triste, cette histoire là, mon cher!... Antonia!... Ah! la jolie fille!... Et bonne fille! Grande, blonde, gaie, des dents de mangeuse, des lèvres de joyeuse, tout cela appétissant, sain et solide!... Nous avions commencé par nous détester, je ne sais pas pourquoi. Un souper, au Cercle, après une revue de fin d'année, où elle avait figuré je ne sais quel personnage... le Nouveau Timbre poste ou le Détective dans l'embarras... Placée à côté de moi... J'avais voulu faire de l'esprit, elle ne m'avait pas trouvé drôle et me l'avait dit. Six mois après, nous nous adorions. Quand je dis nous, moi je l'adorais. Elle ne me détestait probablement pas. Bonne créature, Antonia! Et campée!... Du reste, tu la connais. Par les photographes. Ça suffit. J'étais détaché au ministère de la guerre. Beaucoup de temps moi. J'ai vu quatre vingts fois de suite la Petite Mousmée, l'opérette japonaise laquelle avait collaboré Yamato, le chargé d'affaires du Japon. Très gentille dans la Petite Mousmée, Antonia! Sa robe de soie bleu ciel à fleurs jetées lui collait comme à la peau et la moulait comme ces voiles mouillés que les sculpteurs jettent sur leur terre fraîche. C'était, mon cher, sous cette caresse du satin, la femme même, la femme attirante, vivante, avec sa beauté impérieuse et saine, que le public avait sous les yeux. Les marchands de lorgnettes ont dû faire leurs frais. Et de cette robe bleue une nuque blanche sortait, un cou élégant mis à nu par les cheveux relevés en I 5 bloc, et retenus, au haut de la tête, par une grosse épingle d'or. Les oreilles charnues, les joues à fossettes, les lèvres, le rire d'antonia, ont été pour cinquante pour cent dans le succès de la Petite Mousmée. Quant à Lafertrille, qui jouait, jamais il n'avait été plus drôle. A propos, de quoi est il mort, Lafertrille? De la maladie moderne : l'ataxie locomotrice! Trop de petites mousmées. Et quand il est mort les chroniqueurs ont dit : «Encore un qu'on ne remplacera pas!» Et maintenant Galivet a repris les rôles de Lafertrille, et qui parle de Lafertrille maintenant qu'on a Galivet? Galivet est gras, Lafertrille était maigre. Voilà toute la différence, le public s'en moque! Il se moque de tout, le public! Je ne connais pas Galivet, mais j'ai vu Lafertrille jouer de la première à la dernière. Le tour de en quatre vingt soirs! Et quand c'était fini,, avec quelle joie j'emportais «ma mousmée» à moi, fouette cocher, au grand galop, vers son petit hôtel de l'avenue Kléber!... Le coupé traversait la place de la Concorde presque déserte, montait rapidement les Champs Élysées, où d'autres coupés duos passaient emportés aussi, et le temps me paraissait si long, si long, quoique j'eusse près de moi, la tête sur mon épaule, ou moi la serrant de mon bras passé sous son manteau, la jolie blonde que toute une salle lorgnait tout à l'heure, et qui me fredonnait très bas, pour moi seul, comme un petit murmure caressant, le couplet bissé par les boulevardiers : Mon petit, Que tu m'as fait de la peine! Je trouvais la route longue, et, arrivé, je regrettais presque cette sensation délicieuse d'un tête à tête au fond d'une voiture avec une créature que tout Paris enviait, et que quelqu'un, à la lueur du gaz, pouvait presque reconnaître du fond d'un de ces coupés qui nous croisaient. C'est étonnant ce qu'il y a de grains de vanité au fond de l'amour!... Et pourtant, vrai, j'aimais Antonia pour tout de bon. Elle était folle des japonaiseries. Elle prenait son opérette au sérieux. Elle voulait qu'autour d'elle, bibelots et soieries, tout fût du temps, du temps de Ier. Je dévalisais les boutiques de vendeurs de netzskés pour peupler de drôleries ses étagères, et je me rappelle sa joie, sa joie d'enfant lorsque j'arrivai, un soir, précédant un commissionnaire qui portait sur ses I 6 bras, comme une nourrice son nourrisson, un gros doré que j'avais découvert au fond d'un magasin de bric à brac, rue des Martyrs! Ah! le beau! Presque grandeur nature, mon cher, accroupi, les mains jointes, tout doré, mais d'un or rouge à reflets sanglants, d'un ton tout particulier qui rappelait le cuir de Cordoue et les faïences mezzo arabes, un au crâne rose, et dont la bonne figure paterne, les yeux mi clos et le sourire béat, un sourire indulgent et las, illuminait une face luisante avec une paire d'oreilles longues d'ici à demain!... Quand elle l'aperçut tout luisant d'or rouge entre les mains du commissionnaire ; quand elle le vit apparaître sous la portière de soie de Chine soulevée, Antonia salua le d'un grand cri d'enfant joyeuse suivi d'un long éclat de rire : Ah!! Voilà!... Vive! Et elle frappait dans ses mains, elle me sautait au cou. Mon petit Edmond! Oh! comme tu es gentil!... Un!... Ça me manquait! Il ne ressemble pas du tout Lafertrille, du tout, du tout!... Il est joliment mieux! Où le mettrons nous?... Parbleu, là, sur la cheminée... Je ferai faire une planchette... Ah! le beau! Puis, avec des airs respectueux, elle s'avançait vers le que nous avions posé sur la table, et, prenant les poses de la petite mousmée : Ah!, Cher, Doux! Elle chantait de sa voix de théâtre, s'interrompant tout à coup parce que je riais, pour me dire : Au fait, tu sais, Edmond, c'est peut être le vrai Dieu! Elle vida son porte monnaie dans les mains du commissionnaire, et nous dînâmes, ce soir là, en tiers avec ce brave doré, posé sur la table et qui nous contemplait de son air calme, gravement. Au dessert, Antonia voulut lui faire boire du champagne. conserva sa dignité et nous allâmes aux Nouveautés en riant beaucoup de notre invité en or rouge. Jamais Antonia ne chanta mieux que ce soir là, les couplets de la Petite Mousmée. I 7 II Et dès lors,, mon de la rue des Martyrs, devint le dieu de cette jolie bonbonnière de l'avenue Kléber, que ma petite bouddhiste voulait rendre japonaise du rez de chaussée au grenier. Antichambre japonaise avec deux vieux griffons de bronze à l'entrée, salle à manger japonaise tendue de rouleaux peints par un décorateur du Mikado, chambre japonaise, salle de bain japonaise... Tout au Japon! Et dans ce délicieux paradis japonais, une déesse bien vivante emplissant tout l'hôtel, prononce a u, au, autel, si tu veux, de son rire, de son parfum de femme, de sa jeunesse et de sa gaieté, et un dieu silencieux et indulgent bénissant nos amours sans rien dire! Ah! le bon, le doux, comme disait la chanson!... Il trônait au milieu du salon, sur la cheminée, comme dans une pagode. On avait drapé son socle, encadré la glace, et rayonnait là, rouge et or, comme un soleil d'automne. Je le saluais avec amitié. J'en étais arrivé à le considérer comme un hôte du logis, un habitué, un vieux parent. Antonia lui donnait de petits tapes câlines sur ses joues cuivrées. veillait sur nous, toujours digne. Un soir... ah! le diable soit des femmes, même les meilleures!... Antonia était nerveuse... Elle s'était, pour parler comme elle, attrapée à la répétition avec Lafertrille... Aimé des femmes, mais mal élevé, Lafertrille! Il avait traité Antonia du nom de l'oiseau qui plaisait si peu à Ibicus. Antonia avait répliqué qu'en fait de grues la grande Stella pouvait compter pour deux... Cette grande Stella, qui donnait en ce temps là à Lafertrille l'illusion de l'amour, était alors survenue. Tapage, duo de Mme Angot, un régisseur affolé, Lafertrille embarrassé, le directeur agacé. Bref, Antonia était revenue d'une humeur massacrante. Cet imbécile de Lafertrille! Cette intrigante de Stella! Et cet autre empoté qui ne disait rien! L'empoté, c'était le régisseur. Ah! il est propre,! Avec ça qu'il le joue bien, Lafertrille! II 8 Il n'est pas plus que toi! C'était à moi qu'elle parlait, Antonia, et en présence du doré, «qui était peut être le vrai Dieu!» Lafertrille est, en tout cas, moins que celui ci! dis je en essayant de rire. Je n'aimais pas beaucoup ce Lafertrille. Un instinct. Si Antonia en voulait à la grande Stella, Lafertrille, bourreau des coeurs, y était peut être bien pour quelque chose. Je ne l'ai jamais su. Passons. Toujours est il que lorsque j'eus comparé à Lafertrille le pauvre et bon de la rue des Martyrs, Antonia se mit aussitôt dans une colère! Et comme si le des Nouveautés eût été là, et le régisseur, et la grande Stella, et les petites camarades, elle s'avança vers mon à moi et, lui mettant le poing sous le nez : Oh! toi, tu sais, tu es aussi bête que l'autre! Pauvre, va! Je ne sais pas pourquoi, mais l'injure me parut injuste, imméritée, et moitié sérieux, moitié riant, je me mis à plaider la cause de, le vrai! Voyons, était ce sa faute à ce, si Lafertrille était un insolent, et si la grande Stella se montrait si mal embouchée, quoiqu'elle eût une jolie bouche, Stella... Une jolie bouche? Et où as tu vu ça? Grande comme un four, sa bouche! On y passerait la tête! Ah ça! mais, tu vas la défendre aussi, toi, Edmond! Moi? pas le moins du monde! Si, tu la défends! Si, tu la défends! Une jolie bouche ; et de jolis cheveux aussi, n'est ce pas? Elle en a quatre, un de plus que Cadet Roussel, quatre qu'elle teint avec du henné, et le reste elle se le fournit chez Loisel!... Une jolie bouche, Stella? Non, vous autres hommes, vous êtes tous des imbéciles, tenez, vous vous laissez prendre à la première grue venue... Oui, j'ai dit grue... Je te croyais moins bête que les autres... Tu es aussi bête que Lafertrille... Une jolie bouche! Stella!... Un four, je te le dis, un four! Voyons, Antonia, ma petite Antonia... J'essayais de la calmer. Je tâchais de rire. II 9 Tiens, Antonia, j'en atteste.? Elle allait et venait par le salon, les bras croisés, les doigts de sa main droite battant sur son coude gauche une marche rageuse, et, de temps à autre, elle secouait, pour chasser les mèches blondes qui lui fouettaient le visage, ses beaux cheveux lourds mal attachés... Ah! mon ami Roger, qu'elle était jolie! Elle vint se planter toute droite devant la cheminée, regarda le malheureux, impassible dans sa pose hiératique, et avec un accent de mépris si drôle que je ne pus retenir cette fois un éclat de rire : Un? Ce poussah là? Il est aussi bête que Lafertrille! Je te dis que je riais. Je riais trop, probablement. Antonia en devint furieuse. Bonne fille, Antonia, mais le sang aux yeux avec une facilité! Elle n'admettait pas que je pusse rire. Elle n'admettait pas que mon, salué d'acclamations joyeuses lorsqu'il avait apparu, étincelant entre les bras du commissionnaire auvergnat, ne fût point odieux à regarder et stupide à manger du foin. Et je défendais, toujours riant, le paisible et doux! Ah! ce que mon rire exaspérait Antonia! Mon cher, elle bondit tout à coup comme une panthère vers la cheminée, allongea la main pour gifler cette fois furieusement le bon, et... Ah! mon pauvre ami, comme elle fut calmée d'un seul coup! et... patatras, insulté, souffleté... «Tiens, ton! tiens, ton! tiens! tiens! tiens!» chancela sur le socle drapé et le front en avant, pauvre dieu croulant sous l'injure, de tomber là, droit entre elle et moi!..., cassé en deux, le chef d'un côté, sur le tapis, et les genoux sur le devant de marbre blanc de la cheminée... Brisé,! Décapité,! Et, sur le tapis de Perse, la tête coupée, roulant aux pieds d'antonia, regardait encore, regardait toujours la jolie fille, oui, la regardait de ses yeux clos demi, entre ses oreilles énormes, dont l'une pendait, fendue comme celle d'un cheval au rancart, et le rictus demeurait impassible dans la face à reflets d'or. Pauvre! II 10 Toute la colère d'antonia tomba devant l'aspect lamentable de ce guillotiné. Ah! dit elle. Elle ne dit même que : Ah! Mais il y avait de tout dans ce Ah! Du chagrin, de l'étonnement, du remords. Elle joignait ses jolies mains ; elle contemplait, baissée à demi, là, par terre, le sans tête, la tête sans corps! Ah! Et je ne riais plus. Je l'aimais, ce. C'était, je te l'ai dit, un ami. Il me semblait que je venais de perdre un être cher, que ce corps souffrait. Je ramassai le cadavre. Écaillé, l'or, çà et là, tombant par squames ; et la tête avec un trou au front et le nez cassé. Méconnaissable, mon pauvre. Affreux, écrasé! Plus laid encore que Lafertrille! Ah! disait toujours Antonia. Elle murmura doucement, timide, un moment après : On pourra le recoller... peut être! Puis, repentante, et me prenant des mains la tête de, qu'elle posa sur la cheminée avec cette précaution qu'on a toujours lorsqu'un malheur est arrivé : Oh! vois tu, j'en pleurerais! Et elle allait pleurer, elle pleurait. Il y avait deux grosses larmes dans ses yeux. J'essayais de la consoler, tout en ramassant les débris de, mais je n'y avais pas le coeur. Le massacre de cet innocent me navrait. Je cherchais des plaisanteries, je n'en trouvais pas. Qu'est ce que tu veux, Antonia? Il n'y a pas qu'un au monde, je t'en déterrerai un autre! Ce ne sera pas celui là, dit elle. Jamais elle n'avait eu aut
Related Search
Advertisements
We Need Your Support
Thank you for visiting our website and your interest in our free products and services. We are nonprofit website to share and download documents. To the running of this website, we need your help to support us.

Thanks to everyone for your continued support.

No, Thanks