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Lecture analytique n 11 : le dénouement

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ALCESTE, à Célimène Hé bien, je me suis tu, malgré ce que je vois, Et j ai laissé parler tout le monde, avant moi. Ai-je pris sur moi-même, un assez long empire, Et puis-je, maintenant... Lecture analytique
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ALCESTE, à Célimène Hé bien, je me suis tu, malgré ce que je vois, Et j ai laissé parler tout le monde, avant moi. Ai-je pris sur moi-même, un assez long empire, Et puis-je, maintenant... Lecture analytique n 11 : le dénouement CÉLIMÈNE Oui, vous pouvez tout dire, Vous en êtes en droit, lorsque vous vous plaindrez, Et de me reprocher tout ce que vous voudrez. J ai tort, je le confesse, et mon âme confuse Ne cherche à vous payer, d aucune vaine excuse : J ai des autres, ici, méprisé le courroux, Mais je tombe d accord de mon crime envers vous. Votre ressentiment, sans doute, est raisonnable, Je sais combien je dois vous paraître coupable, Que toute chose dit, que j ai pu vous trahir, Et, qu enfn, vous avez sujet de me haïr. Faites-le, j y consens. ALCESTE Hé le puis-je, traîtresse, Puis-je, ainsi, triompher de toute ma tendresse? Et quoique avec ardeur, je veuille vous haïr, Trouvé-je un cœur, en moi, tout prêt à m obéir? (À Éliante et Philinte.) Vous voyez ce que peut une indigne tendresse, Et je vous fais, tous deux, témoins de ma faiblesse. Mais, à vous dire vrai, ce n est pas, encor, tout, Et vous allez me voir la pousser jusqu au bout, Montrer que c est à tort, que sages on nous nomme, Et que, dans tous les cœurs, il est toujours de l homme 1. A Célimène. Oui, je veux bien, perfde, oublier vos forfaits, J en saurai, dans mon âme, excuser tous les traits, Et me les couvrirai du nom d une faiblesse 2, Où le vice du temps, porte votre jeunesse ; Pourvu que votre cœur veuille donner les mains 3 Au dessein que j ai fait de fuir tous les humains, Et que, dans mon désert, où j ai fait vœu de vivre, Vous soyez, sans tarder, résolue à me suivre. C est par là, seulement, que dans tous les esprits, Vous pouvez réparer le mal de vos écrits ; Et qu après cet éclat, qu un noble cœur abhorre 4, Il peut m être permis de vous aimer encore. CÉLIMÈNE 1 De l'homme : de la faiblesse humaine. 2 Me les couvrirai du nom d'une faiblesse : je les dégusierai en les appelant «faiblesses». 3 Donner les mains : consentir. 4 Abohrre : déteste. Moi, renoncer au monde, avant que de vieillir! Et dans votre désert aller m ensevelir! ALCESTE Et s il faut qu à mes feux votre famme réponde, Que vous doit importer tout le reste du monde? Vos désirs, avec moi, ne sont-ils pas contents 5? CÉLIMÈNE La solitude effraye une âme de vingt ans ; Je ne sens point la mienne assez grande, assez forte, Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte. Si le don de ma main peut contenter vos vœux, Je pourrai me résoudre à serrer de tels nœuds : Et l hymen... ALCESTE Non, mon cœur, à présent, vous déteste, Et ce refus, lui seul, fait plus que tout le reste : Puisque vous n êtes point en des liens si doux, Pour trouver tout en moi, comme moi tout en vous, Allez, je vous refuse, et ce sensible outrage, De vos indignes fers 6, pour jamais me dégage. (Célimène se retire, et Alceste parle à Éliante.) Madame, cent vertus ornent votre beauté, Et je n ai vu, qu en vous, de la sincérité : De vous, depuis longtemps, je fais un cas extrême, Mais laissez-moi, toujours, vous estimer de même : Et souffrez que mon cœur, dans ses troubles divers, Ne se présente point à l honneur de vos fers ; Je m en sens trop indigne, et commence à connaître 7, Que le Ciel, pour ce nœud, ne m avait point fait naître ; Que ce serait, pour vous, un hommage trop bas, Que le rebut d un cœur 8 qui ne vous valait pas : Et qu enfn... ÉLIANTE Vous pouvez suivre cette pensée, Ma main, de se donner, n est pas embarrassée ; Et voilà votre ami, sans trop m inquiéter, Qui, si je l en priais, la pourrait accepter. PHILINTE Ah! cet honneur, Madame, est toute mon envie, Et j y sacriferais et mon sang, et ma vie. ALCESTE Puissiez-vous, pour goûter de vrais contentements, L un pour l autre, à jamais, garder ces sentiments. 5 Contents : contentés, satisfaits. 6 De vos indignes fers : d'une soumission que vous ne méritez pas. 7 Connaître : comprendre. 8 Le rebut d'un cœur : il s'agit du cœur de Célimène. Trahi de toutes parts, accablé d injustices, Je vais sortir d un gouffre où triomphent les vices ; Et chercher sur la terre, un endroit écarté, Où d être homme d honneur, on ait la liberté. PHILINTE Allons, Madame, allons employer toute chose, Pour rompre le dessein que son cœur se propose. Molière, Le Misanthrope (1666), V, 4, vers 1733 à 1808 SUPPORT Molière, Le Misanthrope (1666), V, 4, vers 1733 à 1808 PRÉSENTATION ET SITUATION DU PASSAGE Ce texte constitue le dénouement de la pièce. Au début de la scène, les marquis sont venus dénoncer l'attitude de Célimène : elle écrivait des lettres à ses prétendants en les dénigrant tous. Alceste, à son tour, prend la parole : il propose son pardon si elle accepte de fuir le monde avec lui. Tous les personnages étaient présents au début de cette scène. Puis, la scène se vide progressivement : les deux marquis se retirent, puis ne restent que deux couples (Eliante-Philinte et Célimène-Alceste). A la fn de la scène, Célimène se retire. PROBLÉMATIQUES Montrez l'originalité de ce dénouement. En quoi peut-on parler de fn ouverte ici? Comment interprétez-vous ce dénouement? AI-JE BIEN LU? 1. I. Une rupture inévitable II Deux personnages incompatibles. 3. III. Un dénouement inhabituel I. UNE RUPTURE INEVITABLE. / L'ILLUSION D'UN ACCORD. / UN MARIAGE DERISOIRE. II. DEUX PERSONNAGES INCOMPATIBLES. / UNE RUPTURE SANS RETOUR. / LE DEPART DE CELIMENE. III. UN DENOUEMENT INHABITUEL. / LA RETRAITE AU DESERT. / LE RENONCEMENT D'ALCESTE. LES NEUF IDÉES ESSENTIELLES 1. Le début de l'extrait laisse encore entrevoir l'espoir d'une conciliation entre les deux protagonistes : Aleste et Célimène conservent des sentiments l'un pour l'autre. 2. La rupture du misanthrope et de la coquette est malgré tout prévisible. 3. La séparation entre les deux protagonistes apparaît consommée au vers 1779 : «Non, mon cœur, à présent, vous déteste». Alceste passe brutalement de l'amour à la haine. 4. Alceste se montre aussi catégorique et sévère dans sa haine que dans son amour. 5. La jeunesse de Célimène est évoquée par les deux personnages, mais de manière différente : pour le misanthrope, c'est une circonstance atténuante de sa mauvaise conduite ; pour la coquette, c'est une raison de refuser le projet d'alceste. 6. Le dénouement souligne la conception opposée que les deux personnages ont de la vie en société. 7. La comédie ne se termine pas par le mariage des deux héros, mais par celui des personnages secondaires : deux propositions de mariage sont formulées à demi-mot, mais ce sont des unions par défaut, non des mariages d'amour. 8. La fn est ouverte : Célimène se retire discrètement, sans mot dire ; Alceste part vers une retraite mysérieuse. La scène se vide progressivement, contrairement aux autres comédies de Molière : il règne un climat de désolation, de tragédie. 9. Alceste n'a pas évolué au fl de la pièce : il est toujours aussi contradictoire. LES PROCÉDÉS Citations Procédés Interprétation Puis-je, ainsi, triompher de toute ma tendresse? Champ lexical de l'amour Vous voyez ce que peut Répétitions une indigne tendresse, Et je vous fais, tous deux, témoins de ma faiblesse. Et me les couvrirai du nom d une faiblesse Hé le puis-je, traîtresse, A Célimène. Oui, je veux bien, perfde, oublier vos forfaits, Et quoique avec ardeur, je veuille vous haïr, Mise à la rime (position forte, accentuée dans le vers) Association à la rime («tendresse»/»f aiblesse» Apostrophes Termes péjoratifs Vous voyez ce que peut une indigne tendresse, Oui, je veux bien, perfde, oublier vos forfaits le mal de vos écrits un noble cœur abhorre Puis-je, ainsi, triompher de toute ma tendresse? Et quoique avec ardeur, je veuille vous haïr, Trouvé-je un cœur, en moi, tout prêt à m obéir? Questions rhétoiques Et s il faut qu à mes feux votre famme réponde, Que vous doit importer tout le reste du monde? Vos désirs, avec moi, ne sont-ils pas contents? un noble cœur abhorre Pourvu que votre cœur veuille donner les mains Au dessein que j ai fait de fuir tous les humains, Et que, dans mon désert, où j ai fait vœu de vivre, Vous soyez, sans tarder, résolue à me suivre. C est par là, seulement, que dans tous les esprits, Vous pouvez réparer le mal de vos écrits Moi, renoncer au monde, avant que de vieillir! Et dans votre désert aller m ensevelir! Métonymie Proposition subordonnée de condition Verbes à l'infnitif Champ lexical de la mort, de l'abandon Pronom personnel accentué Antiphrase Non, mon cœur, à présent, vous déteste Allez, je vous refuse, et ce sensible outrage, De vos indignes fers, pour jamais me dégage. Exclamation Adverbes Indications de temps Puisque vous n êtes point en des liens si doux, Pour trouver tout en moi, comme moi tout en vous, Chiasme votre jeunesse ; Moi, renoncer au monde, avant que de vieillir! La solitude effraye une âme de vingt ans mon désert votre désert un endroit écarté Je vais sortir d un gouffre où triomphent les vices ; Champ lexical du temps, de l'âge Champ lexical du désert Articles possessifs «mon» et «votre» Métaphore (Célimène se retire, et Alceste parle à Éliante.) Didascalie Je vais sortir d un gouffre où triomphent les vices PHILINTE Allons, Madame, allons employer toute chose, Pour rompre le dessein que son cœur se propose. Didascalie interne Fin ouverte Injonction Phrase impérative
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