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Présentation de l éditeur

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Présentation de l éditeur Albert Memmi naît en Tunisie en 1920, dans une modeste famille juive, de langue maternelle arabe. Formé à l Alliance israélite à Tunis, puis à l université d Alger, et à la Sorbonne,
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Présentation de l éditeur Albert Memmi naît en Tunisie en 1920, dans une modeste famille juive, de langue maternelle arabe. Formé à l Alliance israélite à Tunis, puis à l université d Alger, et à la Sorbonne, Memmi se trouve au carrefour de trois cultures et construit son œuvre d essayiste, mais aussi de fiction, sur la difficulté de trouver un équilibre entre Orient et Occident. Avec la réédition de ses Portraits, accompagnée de nombreux textes critiques, il s agit d ouvrir, pour la première fois, le procès du postcolonial au Maghreb le terme procèsétant pris dans sa double acception de procédure de remise en cause et de processus. C est donc à une penséeàl œuvre à laquelle ces Portraits nous donnent accès, de la situation coloniale à la situation postcoloniale. 5 PLANÈTE LIBRE Planète Libre dirigée par Pierre-Marc de Biasi, Marc Cheymol et Claire Riffard Albert Memmi Portraits ALBERT MEMMI Portraits CNRS ÉDITIONS Édition de Guy Dugas avec la collaboration de Lia Brozgal, Claire Riffard et Hervé Sanson Portrait du colonisé précédé de Portrait du colonisateur Éditions Gallimard, 1985 / Préface de l auteur à Portrait du Colonisé précédé du Portrait du Colonisateur, Pauvert 1966 / «Pour la Corse», Préface à Ce que nous sommes de Jean-Guy Talamoni, Ramsay 2001 / Portrait du décolonisé Éditions Gallimard, 2004 / Portrait d un juif Éditions Gallimard, 1962 / La libération du juif Éditions Gallimard, 1966 et 2011 / L homme dominé Éditions Gallimard, 1968 / «Afro-Américains et Afro-Européens», Préface à Nous, les Nègres de J. Baldwin, M. Luther King., Malcolm X La Découverte, Cet ouvrage a été publié avec le soutien du laboratoire d excellence TransferS (programme d investissements d avenir ANR_10_IDEX_001_02 PSL* et ANR_10_LABX_0099) et de l université Paul Valéry Montpellier 3. CNRS Éditions, Paris, 2015 pour la présente édition. ISBN : ISSN : Sommaire Introduction Du portrait selon Memmi... 9 Procès du Postcolonial au Maghreb Repères biographiques Principes généraux d édition Portrait du Colonisé précédé d un Portrait du Colonisateur Établissement du texte Portrait du Colonisateur Portrait du Colonisé Annexes Portrait du décolonisé arabo-musulman et de quelques autres Établissement du texte Présentation Le Nouveau citoyen L Immigré Annexes 6 Portraits Portrait d un Juif Établissement du texte Portrait d un Juif Annexes La Libération du Juif Du Portrait d un Juif à La Libération du Juif : retouches à un autoportrait? Établissement du texte La Libération du Juif Annexes L Homme dominé D autres formes de domination : l impossible portrait Établissement du texte Esquisses pour un portrait de l homme dominé Annexes Procès du Postcolonial au Maghreb Épisode 2 : Albert Memmi, le monde arabe et l État d Israël Bibliographie générale p Index p Index nominum Index rerum INTRODUCTION Du portrait selon Memmi Dans les premiers mois de 1953, un jeune écrivain inconnu né au sein d une minorité, dans une colonie qui fait peu parler d elle, obtient un grand succès de librairie avec un roman très autobiographique, sorte de portrait d un jeune Juif tunisien écartelé entre trois univers antagonistes. Très tôt conscient de ses possibilités et de ses limites, porteur d une ambition précise : «exprimer la condition humaine de notre temps» a, Albert Memmi se rend vite compte qu elle dispose pour cela de deux instruments : Le roman et la philosophie occupent deux pôles /opposés/ dans cet effort de traduire l existence humaine par l écriture. b Mais il refuse, en dépit de ses premiers succès de romancier, «de [s]e laisser hypnotiser par le succès (actuel et commercial, il faut l avouer) du roman». Se défiant par ailleurs terriblement de la rhétorique philosophique c et ne croyant guère «à 1 forme préétablie et dogmatique» d propre à exprimer mieux qu aucune autre la condition humaine, le jeune écrivain en appelle aux Pensées de Pascal, aux Essais de Montaigne et aux Caractères de La Bruyère dans sa recherche de «la meilleure forme possible» ; et cette forme peut, a priori, «être le roman, le portrait ou l essai» e. a. Ambition précise certes, mais non démesurée : «Bien entendu, je ne saurais prétendre exprimer toute la condition humaine mais 1 aspect d elle, que je peux, que j arrive à exprimer. Je le veux exprimer complèt[emen]t, le déplier (ainsi j ai traité du C[olonis]é, ou du J[uif], etc.)» (Journal intime inédit, 9 avril 1958). b. GM, Notes «Le Portrait ou le 4 e genre», f. 1r. c. Définitions dans le JI du 31 décembre 2002 : «J entends par rhétorique un discours non lesté par une réalité. [...] J entends par réalité non pas une représentation mais ce qui peut être manipulé et vérifié par 1 expérience». Développement des raisons de cette défiance dans une note du GM intitulée «La philo m ennuie» : «Il y a /avait/ que la vie m ennuie/ait/ ; pas seulement parce que la lecture des textes philosophiques est incroyabl[emen]t ennuyeuse, pénible et tenant peu les promesses de l effort, mais parce que j ai tjs l impression que le réel, le concret échappe à cette marche abstraite, et plus gravement encore qu à cet abstrait peut [sic] correspondre plusieurs concrets différents, de sorte que tant d efforts, de rigueur n aboutissent qu à une espèce de gratuité. Il m apparut donc qu une expérience vécue constamment incorporée au cheminement abstrait a de multiples avantages : elle en rend la lecture moins aride ; elle le vérifie sans cesse, et du coup elle l appuie». d. Ibid. Dans une note de jeunesse du GM intitulée «Les Caractères», Memmi indique vouloir emprunter aux desseins de La Bruyère et précise : «Si la nature de l homme a peu varié en un laps de temps aussi court au regard de l évolution, ses manières ont varié et ses divertiss[emen]ts sont autres. Il y avait l amateur de..., le... // Voici le radio-télégr[aphiste] amateur, le supporter sportif, le partisan politique, etc. // le collectionneur de timbres». e. JI, 31 décembre 2002. 12 Introduction L œuvre d Albert Memmi est à la fois celle d un romancier et celle d un essayiste en deux versants étroitement complémentaires : «faire le bilan de sa vie», «essayer de voir clair en soi», et comprendre au-delà de soi-même le monde dans lequel on vit, celui des origines et celui auquel on aspire telle est la conception de l écriture selon Memmi. Ses notes et son journal intime, qui plus est, font apparaître un besoin constant d alternance assortie de beaucoup d interrogations méthodologiques d une forme à l autre, d un genre à un autre : Je me demande quelquefois si l habitude de la fiction, ou même simplement de la préoccupation de la forme, ce n est pas une mauvaise école pour l exactitude de la pensée et la rigueur du style ; si la plume du romancier ou de l écrivain, toujours tentée par les multiples voies que le hasard ouvre devant elle et q[uoi]q[ue] elle devient quelquefois plus fructueuse que le droit chemin exigé par la logique d une démonstration, n est pas finalement toujours suspecte. a Ainsi Memmi, par goût et par nécessité, a-t-il trèstôtconçu son œuvre de manière duelle, dans «un même effort d inventaire, tantôt grâce à la fiction, tantôt grâce au portrait, à l essai, ou même à la recherche la plus technique qui me permet la vérification précise, la formulation mathématique de tel ou tel point de cet itinéraire». b De ce fait, cette œuvre reste trop souvent considérée par la critique selon une opposition binaire trop réductrice : ouvrages de fiction/ouvrages de réflexion, logique simpliste qui aurait pu conduire ici à une édition de l ensemble des essais de sociologie et psycho-sociologie. Ainsi aurions-nous pu ajouter aux cinq grands dossiers ici présentés l édition génétique et critique des articles de Juifs et Arabes (1974), du Racisme (1982), ou de La Dépendance (1979), voire du Nomade immobile (2000) et du Testament insolent (2009) et justifier un tel ensemble par des niveaux différents de littérarité. Mais on peut aussi concevoir l ensemble de l œuvre sous l angle habituel d une congruence entre ouvrages de fiction et essais, d un constant effort de saisie de soi et de libération à travers différents genres. L un apportant à l autre, le corrigeant au besoin, négociant avec lui son champ d action et ses frontières. L auteur lui-même nous y invite du reste régulièrement : Si j avais à résumer tout ce que j ai fait jusqu à aujourd hui, je vous dirais en somme que j ai cherché à étudier les différentes manières de se libérer. Or pour découvrir comment on peut se libérer, j ai été obligé de faire les inventaires de la manière dont on n est pas libre [...]. Les portraits, la série des portraits, celui du colonisé, celui du Juif, puis d autres études quelquefois strictement scientifiques, sur le racisme par exemple, reviennent constamment sur les mêmes thèmes sous des aspects divers. a. Note non datée rajoutée au JI b. «Auto-portrait», Souffles, 2 e année, n o 6, Rabat, 2 e trimestre 1967, p. 5. Du portrait selon Memmi L invention du portrait À cette logique prévalant dans la plupart des tentatives de présentation de l œuvre de Memmi nous préférons proposer ici, pour la première fois car nous ne pensons pas que cela ait déjà été tenté, sinon par Memmi lui-même et seulement comme une interrogation qui relèverait de l intimité de son journal inédit, une réflexion sur le genre si particulier du «portrait», son choix et sa poétique, qui signent à nos yeux l originalité de cette œuvre dans le champ du postcolonial, face à l engagement d un Sartre, à la «manière abstraite» d un Césaire ou aux pamphlets passionnés d un Fanon. Au moment d introduire à un débat sur Portrait d un Juif, Jacques Madaule s interroge sur le genre auquel appartient cet ouvrage : Ce n est pas un roman ; cela ressemble plutôtàun essai ; mais c est un essai qui a été composé par un écrivain. Il ne faut jamais oublier que M. Memmi est d abord un écrivain. On naît écrivain. Être écrivain, c est une vocation, une manière d être dans laquelle il est impossible de ne pas se mettre soi-même en cause dans ce qu on écrit. Un essayiste, qui n est pas nécessairement un écrivain, peut écrire des choses objectivement, il peut rassembler des fiches et à partir de ce rassemblement de fiches donner un livre qui nous apporte des renseignements extrêmement précieux et même quelquefois des conclusions. Mais l écrivain, lui, est plus directement et plus immédiatement concerné par ce qu il écrit. a Mais en dépit de ses avantages, l essai lui-même, sous ses formes traditionnelles, ne satisfait pas pleinement l écrivain qu est Memmi : L essai a des avantages indéniables, il permet d exprimer des idées, mais les idées ne me paraissent pas suffisantes pour exprimer la réalité du vécu humain. [...] Dans l essai théorique, j accorde une importance capitale à l expérience vécue quand mes étudiants ont une difficulté, lorsqu ils ne comprennent pas un problème sociologique, je leur dis de retourner dans le réel [...]. Retournez à l expérience vécue, toujours. Et je pense que ceux qui nient la part de vécu dans l essai se trompent. b Pour Memmi, il importe maintenant de trouver un mode d expression alliant les qualités formelles du récit aux exigences de l essai ; un genre qui doit, selon lui, être à la fois : Récit exact d 1 expérience. Essai de réflexion, de mise en ordre de cette expérience. c a. «Les Juifs dans notre monde», éléments d un débat avec Jacques Madaule et Jacques Nantet, Recherches et débats du Centre catholique des Intellectuels, Cahier,n o 45, Paris, décembre 1963, voir annexes à l édition du Portrait d un Juif. b. «Albert Memmi, portrait d un humaniste», entretien avec Francine Bordeleau, Nuit blanche, le magazine du livre, n o 45, 1991, pp c. Feuillet «L écrivain et l intelligence», in GM, «Sur la notion de Portrait». 14 Introduction Tout en évitant l oeuvre conjoncturelle, qui disparaît avec les circonstances qui l ont vue naître, ou le pamphlet, trop excessif pour être véritablement efficace : «J ai éprouvé le besoin de faire le portrait non pas, je le précise bien parce que c est extrêmement important pour moi non pas de faire un pamphlet. Ni un pamphlet, ni une œuvre conjoncturelle. Je ne voulais pas simplement apporter, à l époque, une pierre à tout un combat politique, à une discussion politique importante. Mais ce n était pas du tout mon propos. Je voulais comprendre, comprendre pourquoi il y avait ces antagonismes» a. Ni pamphlet, ni essai proprement dit b : la formule qui s impose à Memmi est donc celle qui lui permettra de «concilier la rigueur de pensée de l essai avec la richesse, la complexité du réel, de sauvegarder la saveur du vécu sans se laisser tenter par la facilité de la fantaisie». Et c est le portrait qui le permettra. 2. Sur la méthode du portrait C est du reste par un portrait non avoué comme tel, celui du partisan, nourri «alors qu il était déjà arrêté dans ses grandes lignes» par la traduction en français du Zéro et l Infini d Arthur Koestler et des polémiques qui suivirent cette traduction, que Memmi fit ses débuts dans l écriture dès le printemps Après une citation de Nietzsche faisant l éloge de la brièveté c, le jeune essayiste s interroge sur la «méthode à suivre» : Nous voudrions avancer pas à pas et construire sous les yeux du lecteur. Comme le peintre qui refuse de s enfermer dans une étroite promesse avant la naissance de son œuvre sur la toile, nous éviterons la définition. Il sera toujours temps d en trouver une pour la figure qui se dégagera des touches multiples. Considérons cette méfiance à l égard de la définition, procédé que Memmi utilisera abondamment par la suite, comme une conséquence de ses griefs à l égard d une philosophie hermétique et détachée de toute réalité, telle qu on la lui enseigne à la Sorbonne dans ces années d après-guerre : au lieu d être fournie a a. Entretien inédit avec Victor Malka, 1966, à l occasion de la réédition du Portrait du colonisé. b. Entretien radiophonique avec Annie Goldmann sur Radio-Bruxelles après publication de La Libération du Juif : «Je ne crois pas, honnêtement, que ce que j ai fait là puisse s intituler essai : c est un portrait ; j appelle ça des portraits finalement, c est-à-dire un genre qui allie à la fois cet inventaire d une vie [...] et une espèce de réflexion sous-jacente, constante, qui permet de se débarrasser de ce qu il y a dans cette vie d exclusivement singulier. Donc à la fois quelque chose de concret, le récit d une vie [...] et une maîtrise, de façon à faire un inventaire raisonné, un inventaire méthodique de sa vie, avec les significations qu elle comporte.» c. «Contre ceux qui blâment la brièveté : quelque chose qui est dit brièvement peut être le fruit et le résultat de quelque chose de longuement médité, mais le lecteur qui est novice sur ce terrain et qui n y a pas autrement réfléchi voit quelque chose d embryonnaire dans tout ce qui est dit brièvement, non sans un blâme à l adresse de l auteur qui a osé présenter un mets qui n était pas cuit à point. Nietzsche, Opinions et sentences, 122.» Du portrait selon Memmi 15 priori au travers d une définition, la conceptualisation devra se constituer clairement («Je n ai pas besoin de jargon, en vérité. Tout cela est très simple et directement issu de la vie» a ) et progressivement d une somme d observations, d un constat (terme qui ne viendra qu ultérieurement sous la plume de Memmi) : En réalité, si nous ne donnons pas une définition préalable exhaustive, c est que notre texte multiplie les définitions partielles. Si notre effort était fondé, on ne le verra qu au résultat, ou plutôt dans l impression de reconnaissance de déjà-vu qui doit se dégager au fur et à mesure à la lecture de ces pages. b Pour le reste, il n est pas sans signification que ce soit l image du portraitiste et sa technique qui apparaissent dès ces années-là sous la plume de l écrivain lorsqu il s efforce de mettre en place une méthode de travail ; se fondant sur l observation d une situation sociale ou d une condition, l auteur du portrait progresse «pas à pas», touche après touche, dans une alternance de style objectif et de récit (pouvant être mené à la première personne du singulier) à la manière d un peintre impressionniste, jusqu à composer un tableau qui ne prendrait sens qu à la lecture. En bref, le portrait, selon Memmi, se distingue du roman en ce qu «il essaye d être exhaustif sur 1 personnage, alors que le roman ne peut pas l être. [...] D autre part, il est + qu 1 essai car il essaye de restituer le tout d 1 personnage et non d en traiter 1 aspect. Il essaye d en retrouver la vie». En bref, lorsque Memmi se lance dans l entreprise avec ce timide portrait du partisan qui cherche sa forme, suivi dix ans plus tard par les magistraux portraits du colonisé et du colonisateur, ce genre, à inventer en quelque sorte, lui apparaît intéressant parce qu il allie trois dimensions qui lui chères et qui ne pourront s exprimer, il le sent bien, dans l œuvre de fiction entamée simultanément : l aspect dynamique : chaque portrait devant être saisi dans le mouvement de la vie d un individu, et au-delà de sa communauté d origine ou de condition. Le portrait est différentiel, ses traits, à la fois généraux et spécifiques à chaque figure, se développent constamment : «J essaie de tenir compte de la distribution des traits dans le t[em]ps, du dévelop[pemen]t de chaque figure» ; l aspect relationnel : chaque figure, bien cadrée (voir ci-après), en appelant une autre, chaque portrait partiel conduisant à un autre (voir ci-après introduction à l édition de La Libération du Juif) l ensemble devant aboutir in fine à un portrait global de l homme dominé ; l aspect sociologique : la structure et l esthétique du portrait ne sont pas du même ordre que celles du roman, lequel présente des personnages métaphorisant une situation ou une condition. En refusant tout autant l énumération ou l enquête propres à l essai psychosociologique que la métaphorisation romanesque, le portrait présente une figure «historique et historicisée», représentative d une condition, sans être jamais une œuvre de circonstance. En outre Memmi le rappelle souvent la fiction est toujours singulière ; le portrait doit être total. a. Note «Dans l introd», in GM, «Sur la notion de Portrait». b. Le Partisan, tapuscrit inédit, non pag. Nous soulignons le lexique renvoyant au travail pictural. 16 Introduction 3. Dangers et limites du portrait Mais ce genre si pratique, à mi-chemin entre l abstraction, la nécessaire conceptualisation des sciences humaines et le dynamisme du vécu, la lisibilité recherché par tout écrivain, n est cependant pas sans danger ni limites Memmi en prend vite conscience. Portrait et autoportrait «Arriverais-je à maîtriser ma passion, à lui imposer la /nécessaire/ rigueur?», s interroge Memmi au moment de composer Portrait d un Juif, qu il a d abord la tentation d intituler Auto-Portrait d un Juif, conscient que ce nouveau portrait «est aussi [s]on histoire en tant que J[uif]». Se rendant compte de la profondeur autobiographique dans laquelle son entreprise prend source et ne cesse de replonger portrait après portrait, conscient qu elle peut tourner à l illusion et que «faire son portrait, c est se prendre pour héros», il n entend ni s y refuser ni s en contenter, mais se contraindre à un «essai d autobiogr[aphie] ordonnée et comparée». Fondée sur une expérience personnelle maîtrisée, la description d un cas personnel, le sien, élargie «par analogie» à l analyse d une condition collective, la technique que développe Memmi repose sur un délicat équilibre entre une subjectivité affichée et des raisonnements rigoureux, des emprunts assumés àune situation individuelle, mais soumis à «une stricte contention» a. Or, dans un contexte d anthropologie et de sociologie du terrain, cette part de subjectivité ne manque pas de déranger les spécialistes et les professeurs de Memmi, qui ont poussé leurs étudiants à se confronter au terrain en multipliant les enquêtes. Dans une autre note du garde-manger (désormais GM) datant du Portrait d un Juif de
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