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Véronique Joyaux. Les âmes petites. Couverture Nihad Wicho. Préface Jean-Pierre Brèthes. Collection Pleine Lune

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Véronique Joyaux Les âmes petites Couverture Nihad Wicho Préface Jean-Pierre Brèthes Collection Pleine Lune 1 S entrouvre la porte sur le palier On aperçoit une table deux chaises un buffet Juste ce qu
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Véronique Joyaux Les âmes petites Couverture Nihad Wicho Préface Jean-Pierre Brèthes Collection Pleine Lune 1 S entrouvre la porte sur le palier On aperçoit une table deux chaises un buffet Juste ce qu il faut la plage blonde du plancher On sent une odeur de cire fraîche de propre On devine des gestes simples attentifs des êtres dignes dans la rectitude. 2 Sur l écran des images du monde si loin si proches Et puis des paroles sans fin comme on déroule un fil Lui dans le fauteuil Elle devant l évier le repassage Une longue patience. 3 On l appelle la petite dame d en face Tous les matins elle sort avec son cabas la tête baissée la marche lente On ne sait rien d elle on ne lui parle pas On la croit tournée au-dedans d elle-même. 4 Dans le soir le point rouge d une cigarette son tracé de lumière de chaleur comptée La porte ouverte les marches de l escalier une autre porte la table deux chaises le lit un chat noir en boule l oreille dressée S achève une journée lente On se sent amer comme vidé. 5 Hommes lisses aux gestes simples ils vont sur la peau rêche de la terre avec patience pour gagner leur vie Ils ne parlent jamais que du quotidien du travail des enfants du portail à réparer de l herbe trop haute d une carpe pêchée dans la rivière aux dimensions démesurées Une petite phrase de leur vie discrète et besogneuse Cette voix qui dit derrière les mots. 6 Ses pas toujours les mêmes les gestes quotidiens si infimes que personne n y prête attention ne leur donne poids. 7 Elle ne fait rien rien de particulier rien qui vaille Elle va et vient avec des gestes inutiles la tête préoccupée Au creux du ventre il y a un grand vide qui fait mal un bleu à l âme Cependant elle sourit pour qu elle n ait pas à se justifier. 8 On lui dit qu elle parle peu mais l espace est déjà saturé de paroles comme si le silence leur était insupportable On lui demande ce qu elle pense de tout cela Elle ne peut partager le silence avec des mots ou alors il faudrait le temps de peser chacun d eux pour qu il soit juste pour ne pas regretter ce qui a été dit trop vite Enfin passons On ne peut pas être trop exigeant. 9 Sur le banc un homme son regard suit le dallage distraitement Auprès de lui un chien un litre de gin dans une bouteille d oasis mirage au désert Il a les jambes gonflées la joue rugueuse On ne peut croiser son regard Il évite Il parle tout seul aussi peut-être à quelqu un d absent une femme un enfant ou cet autre que nous sommes quand nous passons devant lui comme devant une ombre Peu importe Son regard se pose sur un mégot encore rouge jeté là tel une âme au ralenti. 10 Tellement rêches les paroles entre les gens tellement vaines Cela chagrine offense mais l on reprend appui on avance Il faut bien On avance un peu vers le soir On s éloigne de soi seulement d un jour un espace petit On est là fatigué d on ne sait quoi. 11 Si haute déjà la lune dans le ciel d hiver Un grand calme où se lover On ne s habitue pas à être malmené On malmène Simplement dedans on se recroqueville On voit le visage de la mère en pensée Celui qui apaise et veille comme une lampe. 12 Tout cela encombre les objets les mots vains les trajets les horaires les allées et venues les points de non-retour On vit pourtant parmi ces choses qui prennent toute la place laissant du vide au-dedans On n y pense même pas On avance On ne sait comment On ne sait où. 13 Projetée avec un geste de clarté l impression soudaine d être au plus près serré d entrouvrir une porte De respirer. 14 Les machines tournent à vide C est la pause un blanc On y plonge. 15 C est un jour un peu plus lourd qu un autre L air manque Tout semble plus difficile vidé de sens Les tâches s amoncellent On se veut efficace On avance vers cette lueur prise dans les mailles de l ombre quand tout s arrête et que l on entre dans l univers d un livre. 16 Cesser de parler enfin se taire Laisser au silence le temps Les mots pèsent si peu surtout avec la certitude Partager avec celui qui se tait Éprouver ses limites Aller au plus profond Sentir sur la peau la chaleur du soleil ou la fraîcheur de l eau l importance de chaque geste le poids de l âme et de la fatigue comme une pierre qui tire au fond de l eau un vêtement trop serré Alors on se tient là parmi les autres somme toute semblables Juste ce qu il faut Ce n est pas bien grave on a l habitude Il faudrait seulement que cela ne dure pas. 17 La rue glisse le long des arbres rien ne s aligne on va Il faudrait suspendre tous ces gestes fébriles cette marche hâtive prendre le temps mettre un peu de désordre réchauffer le cœur Les mots toujours les mêmes emprisonnés dedans La rue glisse le long des arbres Tout va Un autre jour demain peut-être plus tard 18 On revient au silence on creuse On ne sait pas ce qui est perdu à prendre C est une chose qui tient à cœur comme une peur de l enfance une envie d eau claire On a le geste lisse le regard anodin On se dit que rien n est encore joué On joue Il reste encore un peu de temps. 19 Un jour est passé comme un autre aussi terne et prévisible C est une révolte rentrée l usure inéluctable du temps une ride au visage un cerne bleu Et ces mots qui nous tiennent coincés entre les lignes le va-et-vient du métro. 20
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