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Les décors intérieurs de la Casa de la Condesa de Lebrija à Seville entre célébration d'une identité régionale et affirmation d'une lignée familiale

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Les décors intérieurs de la Casa de la Condesa de Lebrija à Seville entre célébration d'une identité régionale et affirmation d'une lignée familiale
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  Bononia University Press THE PERIOD ROOMS  Allestimenti storici tra arte, collezionismo e museologia   Atti del Convegno internazionale(Bologna, 18-19 aprile 2016) a cura di Sandra Costa, Dominique Poulot, Mercedes Volait  Bononia University PressVia Ugo Foscolo 7, 40123 Bologna tel. (+39) 051 232 882fax (+39) 051 221 019© 2016 Bononia University PressISBN 978-88-6923-188-9 www.buponline.cominfo@buponline.comI diritti di traduzione, di memorizzazione elettronica, di riproduzione e di adattamento totale o parziale, con qualsiasi mezzo (compresi i microfilm e le copie fotostatiche), sono riservati per tutti i Paesi.L’Editore si dichiara disponibile a regolare eventuali spettanze per l’utilizzo delle immagini contenutenel volume nei confronti degli aventi diritto.Immagine di copertina: XXXXXXXX Progetto grafico e impaginazione: Gianluca Bollina-DoppioClickArtPrima edizione: dicembre 2016La realizzazione del volume si inserisce all’interno del programma di ricerca internazionale Réinvestir le décor historique au musée   patrocinato da HeSam université. Il progetto editoriale è nato dalla collaborazione scientifica tra il centro di ricerca HiCSA de-dicato alla storia culturale e sociale dell’arte dell’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, la sezione CoMe del Dipartimento di  Arti Visive dell’Università di Bologna, il centro di ricerca InVisu dell’Institut National d’Histoire de l’Art di Parigi e Bononia University Press.  L e XIX  e  siècle et le début du XX  e  siècle ont pro-fondément transformé les modes de gestion et d’exposition des collections privées européennes. L’Espagne ne fait pas exception. Les familles de la vieille noblesse, en particulier, ont engagé la réorganisation de leurs collections historiques par un vaste mouvement d’objets (impliquant transferts, cessions et acquisitions), tout en modifiant leur mise en récit, ainsi que leurs conditions d’accès. Au même moment, une classe émer-gente de nouveaux aristocrates réunit des collections afin d’affirmer son nouveau statut social. 1  En parallèle avec l’ouverture des premiers musées publics organisés dans une perspective d’histoire de l’art, ces collections représentent un bon terrain pour analyser les interactions entre les différents systèmes de valeurs en jeu : le statut traditionnel des objets comme marqueur de l’excellence de la lignée, la perception des collections du point de vue du goût, la nouvelle idée didactique de l’histoire de l’art et le poids de l’historicisme au XIX  e  siècle. L’évolution des collections historiques des ducs d’Alba, d’Osuna, de Híjar et de Fernán Núñez, entre autres, offre un bon témoignage de ces mutations, auxquelles la recherche a commencé à s’intéresser au cours de la décennie écoulée. 2  Le cas examiné ici concerne la maison de la comtesse de Lebrija à Séville. ardif, l’exemple concentre les expé-riences du siècle antérieur et aide rétrospectivement à mieux les appréhender. L’hôtel de la rue Cuna  En 1901, Madame Regla Manjón y Mergelina (1851-1937), veuve depuis trois ans de Federico Sanchez-Be- * 󰁕niversidad Nacional de Educación a Distancia (UNED). Cette recherche s’inscrit dans le cadre du projet « Políticas en tránsito para la legitimación nobiliaria: narrativas de memoria y estética en la gestión del patrimonio artístico de la nobleza española (1750-1850) » (HAR2012-36751) financé par le MINECO. 1  Parmi d’autres, voir Vázquez 2001 ; Antigüedad, Alzaga 2011. 2  Parmi d’autres, voir Casaus 2006   ; Frutos 2009 ; Cacciotti 2011 ; Urquízar, Vigara 2014. doya, militaire de carrière, homme politique et grand propriétaire foncier, acquérait un ancien hôtel particulier construit au XVI e  siècle. L’édifice était situé dans la rue Cuna à Séville, à proximité de la Plaza del Duque, où elle avait passé son enfance. Avant cela, Madame Regla avait vécu à Madrid, du temps où son mari était député du par-lement et gouverneur civil. En cette même année 1901, Madame Regla avait également acquis une mosaïque pro-venant de la ville romaine voisine d’Itálica (alors connue comme Santiponce). La pièce a été remployée en dallage dans la nouvelle résidence de la rue Cuna. Madame Regla continua par la suite à acheter des antiquités, et en parti-culier des pièces et des mosaïques d’Itálica, et entreprit de rénover et d’agrandir la maison pour y placer ses acquisi-tions en nombre croissant. L’aménagement est contem-porain des transformations intervenant dans d’autres espaces domestiques espagnols et en reprend la logique, tels l’hôtel du marquis de Cerralbo à Madrid ou le petit château de Viñuelas, dans ses environs. Sous la direction de l’architecte municipal de Sé-ville, José Sáez López, et pendant de nombreuses an-nées, de nouvelles salles sont créées et d’autres sont adaptées pour recevoir les pièces incorporées à la col-lection (fig. 1). Les mosaïques contraignent fortement la conception de l’espace. C’est en particulier le cas de la mosaïque octogonale qui donne son nom à l’une des salles. La plupart des pièces du rez-de-chaussée sont éga-lement décorées dans un style classique afin de s’har-moniser avec ces antiques. Les moulures architecturales en plâtre prennent pour modèle des vestiges d’Itálica. D’autres espaces de la maison intègrent des éléments de l’époque moderne, tels plusieurs panneaux de carreaux du dernier quart du XVI e  siècle provenant de l’ancien monastère de Saint-Augustin, ou encore un plafond ouvragé et un décor stuqué ayant appartenu à l’ancien palais des ducs d’Arcos à Marchena, d’une date simi-laire. 3  Sáez avait également bâti une grande cour de style 3  Sur la céramique, voir l’article d’Alfonso Pleguezuelo dans Banda 2002. Les décors intérieurs de la Casa de la Condesa de Lebrija à Séville entre célébration d’une identité régionale et affirmation d’une lignée familiale Antonio Urquízar-Herrera*  Antonio Urquízar-Herrera 170 Maison sévillane L’hypothèse de Lleó, selon laquelle le bâtiment se serait voulu la reconstitution d’une « maison sévillane » idéale, intégrant toutes les périodes de l’histoire de la ville, est un bon point de départ pour saisir les idées de la comtesse. 8  Elle est soutenue par la nature des travaux de rénovation conduits, par le type de pièces collectionnées, et, plus en-core, par l’argumentation perceptible dans les écrits de sa propriétaire. Comment l’a indiqué Lleó, Mme Regla vou-lait dans sa description que la maison soit une « maison initialement romaine, puis arabe, perpétuée à jamais ». 9  La physionomie générale du bâtiment respectait l’aspect traditionnel des grandes demeures sévillanes. La comtesse avait indiqué qu’elle ne voulait pas toucher à la façade, car celle-ci était « éminemment sévillane et caractéristique du  XVI e  siècle ». 10  Le grand escalier était quant à lui décrit comme « magnifique », « splendide » et « sévillan ». Il avait été de fait construit avec des remplois provenant no-tamment d’un palais de Marchena, c’est-à-dire de même période et identité régionale, mais il s’agissait en réalité d’une recomposition due à la comtesse elle-même, à par-tir de matériaux de provenances diverses. La nouvelle cour reproduisait le modèle courtisan et sévillan de l’Alcázar et de la Casa de Pilatos, qui présentaient la même combi-naison d’architecture islamique et de sculptures classiques depuis le XVI e  siècle. 11 Durant les années où ce collage architectural avait été réalisé se tramait, à Séville même, le projet de faire reconnaître un modèle domestique spécifiquement sé-villan. Il aboutit finalement à la création en 1912 d’un prix municipal à décerner à la meilleure « maison sévil-lane » bâtie chaque année. 12  Pendant des décennies, le style dominant dans cette compétition reproduisait ces supposés précédents historiques. On en trouve une trace particulièrement évocatrice dans un article paru dans le 8  Lleó dans Banda 2002, p. 20. 9  « Le plan de ma maison est le plan courant des maisons andalouses. Porte haute, grand vestibule, cour d’entrée, deuxième grande cour entourée de galeries voûtées avec arcs de traces d’arabesque, belle chambre à l’arrière, jardin intérieur. Maison initialement romaine, puis arabe, perpétuée à jamais. Avec de légères modifications naturelles parce que sa structure est la meilleure adaptée aux climats du sud dont ce plan est srcinaire ». Manjón 1920, s.p. Voir Lleó dans Banda 2002, p. 20. Voir  Annexe [1] pour le texte srcinal en espagnol. 10  exte srcinal en espagnol : « eminamente sevillana y propia del siglo XVI ». Manjón 1920, s.p. 11  « L’escalier à la façon de Séville de cette maison est seulement mon travail. […] Je ne voulais pas utiliser pour le nouvel [escalier] la prétentieuse façon impériale qui est étrangère à notre terre, mais l’escalier andalou à trois sections inégales, qui est si fréquent dans nos palais. Pour décorer l’escalier, je n’ai utilisé que des vestiges des XVIe et XVIIe siècles qui étaient sur le point de disparaître. Le magnifique plafond à caissons, la frise riche et élégante, les carreaux drôles et fantastiques ». Manjón 1920, s.p. Voir Annexe [2 et 3] pour le texte srcinal en espagnol. 12  Villar 1979. néo-islamique, sur le modèle des maisons mudéjares des grandes familles sévillanes des XV  e  et XVI e  siècles. Le style architectural de cette cour était en rapport avec les nombreux objets archéologiques médiévaux d’époque islamique qui y étaient disposés, la plupart sous vitrine (fig. 2). Actuellement ouverte au public, la maison abrite l’une des collections privées espagnoles les plus connues. L’implication personnelle de la comtesse dans l’amé-nagement de sa collection se reflète dans la description écrite qu’elle en a laissée. Le texte est accompagné de nombreuses photographies des pièces de la maison et des objets de la collection, ainsi que de feuilles collées avec des dessins des mosaïques, apparemment réalisés par la comtesse elle-même. 4  Jusqu’à présent, la maison et son occupante ont été étudiées du point de vue de l’histoire de l’archéologie et en rapport avec les fouilles d’Itálica. 5  La publication en 1970 d’extraits de la description faite par la comtesse a contribué à cet angle d’analyse, car cette sélection por-tait principalement sur les aspects archéologiques de l’ensemble. 6  En règle générale, les travaux sur la casa de Lebrija se sont attachés à décrire et à faire l’analyse ar-chéologique des objets collectés, ainsi qu’à faire l’éloge de la comtesse. Seul Vicente Lleó s’est intéressé aux intérêts et aux préoccupations qui avaient pu motiver l’initiative de Mme Regla. 7  Son étude reste toutefois embryonnaire, en dépit de quelques bonnes intuitions et la mise au jour de sources significatives. 4  Manjón 1920 (en Annexe). Cette description se trouve actuellement conservée dans la maison de la rue Cuna, dans une copie datée de 1941.  Je voudrais remercier Juan Miguel González López pour son aide pour la consultation de la copie. 5  Banda 2002. 6  Manjón 1970. 7  Lleó 1995 ; et l’article de Lleó dans Banda 2002, pp. 9-61.1.Vue du rez-de-chaussée, Casa de la Condesa de Lebrija, Séville (photo© Antonio Urquízar)  Les décors intérieurs de la Casa de la Condesa de Lebrija à Séville 171 Regla de passer outre puisqu’elle fut dénoncée en 1914 pour avoir transporté à son domicile une nouvelle mo-saïque exhumée à Itálica. Dans le débat public et savant qui suivit, elle essaya de légitimer son initiative en met-tant en relief les efforts déployés pour protéger certains vestiges « qui, autrement, auraient été détruits ». 15  Sa description de l’acquisition des décors stuqués et des lambris de Marchena met en avant des arguments si-milaires. L’achat des carreaux de Saint Augustin peut aussi être compris comme une tentative pour sauver ces matériaux et comme une contribution à la société lo-cale. 16  Cette couverture patrimoniale était certainement un argument de choix pour Madame Regla. Au début de sa description de la maison, elle avait déclaré l’objectif suivant : « léguer aux générations futures l’histoire et la description détaillée et graphique de nos maisons. Elles seront, pour les chercheurs, un jour, une source fonda-mentale pour la reconstruction d’une époque passée et disparue par l’action destructrice des siècles à venir ». 17   15  Manjón 1915, p. 236. 16  Le monastère de Saint Augustin de Séville (Casa Grande de San  Agustín) a été fondé peu après la conquête de la ville par Fernando III en 1248. C’était la maison principale des Augustines dans la province de l’Andalousie. Au XIX  e  siècle il fut transformé en caserne puis démoli. 17  Manjón 1920, s.p. Voir Annexe [4] pour le texte srcinal en espagnol.  journal local Bética   en 1916. L’article était spécifique-ment consacré à la question de la « maison sévillane » et à la pertinence du prix. La maison de la comtesse était donnée comme le meilleur exemple de ce modèle, et le texte était richement illustré avec des images de sa cour et de ses salles. 13  Cette interprétation de la maison de la comtesse de Lebrija comme maison idéale sévillane soulève la question de la justification patrimoniale qui nourrit sa construction et sa décoration. Il a été suggéré que l’intérêt de Madame Regla pour les mosaïques d’Itáli-ca devait avoir été réveillé par la campagne de fouilles entreprise par le millionnaire américain Archer Milton Huntington à Santiponce en 1898, afin de récupérer des pièces pour sa collection new-yorkaise, noyau de la fu-ture Hispanic Society. 14  rois ans plus tard, lorsque la guerre de Cuba interrompit les fouilles de Huntington, les excavations furent poursuivies par Madame Regla, dans l’intention de recueillir les pièces dans sa résidence à Séville. Jusqu’à la promulgation de la loi de 1911 re-lative aux fouilles, les vestiges antiques n’avaient aucune protection juridique. Cette loi n’empêcha pas Madame 13  Lasso de la Vega 1916, s.p. 14  Lleó dans Banda 2002, p. 35.2. Vue de la cour, Casa de la Condesa de Lebrija, Séville, vers 1901 (photo © Antonio Urquízar)
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