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« NOS VOLETS TRANSPARENTS ». Les potes, le couple et les sociabilités populaires au foyer, ARSS, 215, 2016

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La « bande de potes » ou le « clan » constituent des formes de sociabilité primordiales pour les jeunes ruraux de classes populaires. C’est ce que dégage une enquête ethnographique par observation au sein de groupes d’amis composés surtout de
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    « NOS VOLETS TRANSPARENTS » Les potes, le couple et les sociabilités populaires au foyerBenoît CoquardLe Seuil | « Actes de la recherche en sciences sociales » 2016/5 N° 215 | pages 90 à 101 ISSN 0335-5322ISBN 9782021340563 Article disponible en ligne à l'adresse :--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2016-5-page-90.htm--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Pour citer cet article :--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Benoît Coquard, « Nos volets transparents ». Les potes, le couple et les sociabilitéspopulaires au foyer,  Actes de la recherche en sciences sociales  2016/5 (N° 215),p. 90-101.DOI 10.3917/arss.215.0090--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------  Distribution électronique Cairn.info pour Le Seuil.© Le Seuil. Tous droits réservés pour tous pays.La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans leslimites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de lalicence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie,sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit del'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockagedans une base de données est également interdit. Powered by TCPDF wwwtcpdf.org)     D  o  c  u  m  e  n   t   t   é   l   é  c   h  a  r  g   é   d  e  p  u   i  s  w  w  w .  c  a   i  r  n .   i  n   f  o  -   B   i   b   l   i  o   S   H   S  -  -   1   9   3 .   5   4 .   1   1   0 .   3   5  -   1   8   /   0   1   /   2   0   1   7   1   7   h   3   7 .   ©   L  e   S  e  u   i   l DmeéégdswcrnnoBboS15131021©LS  Luptate ex eum ex  90       D  o  c  u  m  e  n   t   t   é   l   é  c   h  a  r  g   é   d  e  p  u   i  s  w  w  w .  c  a   i  r  n .   i  n   f  o  -   B   i   b   l   i  o   S   H   S  -  -   1   9   3 .   5   4 .   1   1   0 .   3   5  -   1   8   /   0   1   /   2   0   1   7   1   7   h   3   7 .   ©   L  e   S  e  u   i   l DmeéégdswcrnnoBboS15131021©LS  91 ACTES DE LA RECHERCHE EN SCIENCES SOCIALES  numéro 215 p. 90-101 1. Cet article s’appuie sur une enquête par observation participante au sein d’un groupe d’interconnaissance d’environ 200 personnes, composé surtout de couples autour de la trentaine, habitant Fontbourg ou ses environs. Aux yeux des enquêtés principaux, hommes ou femmes, je suis un « pote d’enfance » devenu selon les cas « un intello » ou « un Parisien ». Cette pos-ture de proximité ancienne et de distance nouvelle avec l’objet est utile à condition qu’elle soit accompagnée d’une analyse systématique des rapports sociaux d’en-quête, dans une forme « d’autoanalyse horizontale » qui, selon Florence Weber, consiste à « noter tous les éléments de la recherche – pris dans les différentes sphères du monde social dans lesquelles nous sommes – qui contribuent à orienter le regard, à actualiser tel ou tel élément de son passé biographique plutôt que tel autre ». Voir Gérard Noiriel, « Journal de terrain, journal de recherche et auto-analyse. Entretien avec Florence Weber », Genèses , 2, 1990, p. 138-147 et spécia-lement p. 145. Cette démarche réflexive s’impose notamment dans les rapports d’enquête avec les femmes. En effet, j’ai  joué de mon amitié de longue date avec certaines enquêtées (telles que Sandra par exemple) et plus largement d’une proximité en termes d’srcines sociales et territoriales. Mais étant un homme,  je suis avant tout censé être ami avec leur conjoint. Cette assignation genrée aura été la condition pour que je puisse faire partie de leur « bande de potes » et les fréquente dans la sociabilité privée des foyers sans passer pour un intrus et continuer d’avoir la confiance des deux membres du couple. Voir Benoît Coquard, « “Sauver l’honneur”. Appartenances et respectabilité en milieu populaire rural », thèse de sociologie, Poitiers, Université de Poitiers, 2016, notamment les chapitres 2 et 3 pour une analyse détaillée des conditions d’enquête. 2. François Héran, « Comment les Fran-çais voisinent », Économie et statistique , 195, 1987, p. 43-59 et, « La sociabilité, une pratique culturelle », Économie et statistique , 216, 1988, p. 3-22. 3. Patrick Champagne, « La restructura-tion de l’espace villageois », Actes de la recherche en sciences sociales , 3, 1975, p. 43-67. « Quand je veux qu’on soit que tous les deux, je ferme les volets… Mais vas-y qu’ils te toquent quand même après ! […] Tu dirais que nos volets, ils sont trans-parents ! » Ces mots sont ceux de Sandra, une mère au foyer de 25 ans. Avec cette métaphore des « volets transparents », elle ironise sur la venue régulière à son domicile d’autres jeunes du coin principalement amis d’Émilien, son conjoint, un ouvrier qualifié de 32 ans. Le jeune couple loue une petite maison au centre de Fontbourg, un village de Haute-Marne qui compte environ 1 500 habitants. Les fenêtres de leur pièce à vivre donnent directement sur le trottoir de la rue principale, si bien qu’en passant, « les potes » peuvent d’un coup d’œil vérifier qu’Émilien est chez lui quand sa voiture est garée devant et s’annoncer en frappant contre les volets que Sandra aura parfois fermés pour, comme elle le répète, « bien montrer à tout le monde que c’est pas la fête ». Souvent sans attendre sa permission, ils poussent ensuite la porte d’entrée et s’installent sur le canapé afin de prendre l’apéritif avec Émilien et d’autres hommes du coin, presque toujours les mêmes, norma-lement accompagnés de leurs conjointes qui arrivent et repartent en même temps qu’eux.En résidant dans ce village pendant deux ans et demi pour y mener une enquête ethnographique, j’ai été amené à participer à ces apéritifs réguliers entre jeunes appartenant plutôt aux fractions stables des classes populaires 1 . J’ai ainsi pu intégrer les petits groupes d’amis que les enquêtés appellent des « bandes de potes » ou des « clans », ce qui m’a permis d’obser- ver les rapports sociaux de sexe dans la sphère privée tout en restant assigné à un rôle masculin. En effet ces groupes d’amis sont mixtes, mais leur activité tourne autour des jeunes hommes. Avec « les apéros chez les uns les autres », il s’agit avant tout d’une délocalisation tendancielle vers le foyer de sociabilités masculines qui étaient, il y a encore une trentaine d’années ici, plutôt situées au-dehors, surtout dans les cafés 2 . La présence croissante des groupes d’hommes dans les foyers conju-gaux prolongerait ainsi un mouvement, déjà observé il y a plus de quarante ans par Patrick Champagne, selon lequel « la division des populations selon les sexes avec ses lieux distincts (cafés, lavoirs) pour les hommes et les femmes […] tend à disparaître au profit d’un repliement sur le groupe familial restreint » 3 . L’enquête montre également que désormais, sauf à considérer les amis « Nos volets transparents » Les potes, le couple et les sociabilités populaires au foyer Benoît Coquard     D  o  c  u  m  e  n   t   t   é   l   é  c   h  a  r  g   é   d  e  p  u   i  s  w  w  w .  c  a   i  r  n .   i  n   f  o  -   B   i   b   l   i  o   S   H   S  -  -   1   9   3 .   5   4 .   1   1   0 .   3   5  -   1   8   /   0   1   /   2   0   1   7   1   7   h   3   7 .   ©   L  e   S  e  u   i   l DmeéégdswcrnnoBboS15131021©LS  92 Benoît Coquard  4. Gwenaël Larmet, « La sociabilité alimentaire s’accroît », Économie et statistique , 352-353, 2002, p. 191-211. 5. Michel Verret, L’Espace ouvrier  , Paris, Armand Colin, 1979, p. 101. 6. Olivier Schwartz,  Le Monde privé des ouvriers. Hommes et femmes du Nord  , Paris, PUF, 1990, p. 522. qui « squattent le canapé » plusieurs soirs par semaine comme des membres de la famille, ce n’est plus seule-ment le « groupe familial restreint » qui se « replie » sur le foyer. Aussi le lexique du « repli » pourrait faire oublier qu’il s’agit là d’une sociabilité collective, valorisée par ceux qui y participent, avec des enjeux de recon-naissance allant du foyer jusqu’à l’interconnaissance locale. Plus largement, ces sociabilités dans le « chez nous » renvoient aux caractéristiques contemporaines des classes populaires en France, en milieu rural notam-ment, qui utilisent davantage leur domicile comme lieu de réception des sociabilités amicales, tandis que les classes supérieures sont de moins en moins casanières 4 . Plus localement, à Fontbourg, ce phénomène n’est pas sans lien avec la disparition de structures d’encadrement de la sociabilité populaire comme l’usine, les cafés et les associations du canton. Dans ce contexte, correspon-dant au bourg à une période de montée du chômage et d’arrivée des drogues telles que l’héroïne dans les années 1990-2000, les jeunes du coin, surtout ceux sans emploi, sont devenus « ceux qui traînent dans les rues » et ont expérimenté une stigmatisation progres-sive de leurs sociabilités au « dehors ». Les enquêtés dont il va être question trouvent ainsi qu’ils s’en sont relativement « bien sortis » par rapport à d’autres de leur génération qui ont « mal tourné ». Autour de la trentaine pour la plupart, les enquêtés se retrouvent le plus souvent engagés dans leur vie de couple et ont, selon eux, « des vrais potes » sur lesquels « ils peuvent compter ». En revanche, leurs conditions d’emploi et leurs réputations locales restent souvent fragiles. Dès lors, c’est par opposition au « dehors » de l’inter-connaissance subie que « la maison » est utilisée comme un espace de « desserrement du contrôle social » 5  et de « recul de la vie répressive » 6 . « À la maison, on peut dire tout ce qu’on veut » entre personnes « de confiance », explique Sandra, qui sait, pour en avoir souffert durant son adolescence, que « dans le village » peuvent circuler « des ragots qui te donnent une sale réputation », d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une jeune femme. Même si les rapports de genre profondé-ment inégalitaires qui structurent le foyer se rejouent à l’occasion de ces sociabilités, celles-ci ont aussi une fonction protectrice. Matériellement, pour ces jeunes souvent ouvriers et employés dans les petites entreprises du bâtiment, l’industrie métallurgique ou le secteur de l’aide à la personne, mais aussi chômeurs (surtout les jeunes femmes), la « bande de potes » permet de mettre en place des solidarités et des alliances restreintes, en réponse à une mise en concurrence accrue sur un marché du travail devenu tendu et aux conflits interpersonnels qui en résultent. L’enquête au sein des groupes d’amis permet ainsi d’infléchir les thèses médiatiques sur « le repli » ou la montée de « l’indivi-dualisme », notamment parmi les classes populaires, sans pour autant être aveugle aux divisions internes à ces classes. L’analyse des rapports sociaux propres aux « bandes des potes » dévoile comment ce qui peut s’apparenter à un « repli » sur le foyer et les proches est  vécu paradoxalement comme une appartenance à un collectif intégrateur et valorisant, car sélectif et solidaire dans des oppositions communes. À partir du constat de la centralité de ces groupes d’appartenance restreints dans la vie quotidienne, l’article questionne aussi les rapports de pouvoir qui traversent les « bandes de potes », en particulier sous l’angle des rapports sociaux de sexe. Si Sandra et d’autres jeunes femmes enquêtées valorisent le fait de recevoir à domicile tout en étant en couple avec « un mec de la bande », pour elles, la présence des hommes dans le foyer ne va pas complètement de soi. En occupant la maison « entre potes », et en s’alcoolisant ouvertement, souvent contre l’avis de celle qu’ils appellent ironiquement « la patronne » ou « la petite mère », les hommes ont tendance à s’imposer là où la conjointe est censée avoir un peu de pouvoir. La sociabilité amicale dans les foyers reproduit en ce sens une domination masculine qui fait écho aux rapports de pouvoir au sein des couples, ainsi qu’aux inégalités structurelles entre hommes et femmes sur le marché du travail dans ce type de territoire rural et industriel. Elle prolonge aussi l’exclusion des femmes de sociabilités valorisées publiquement à travers les loisirs et diverses activités que partagent les hommes – comme le football, la chasse ou le motocross.Pour comprendre les formes ambivalentes que prend la valorisation du « chez soi » dans le milieu populaire rural, il convient donc de replacer ces socia- bilités dans le contexte local du bourg et des environs, entre mutations de l’emploi, fermeture des bistrots, précarisation des conditions de vie (notamment féminines) et souci pour la réputation. Quand le travail disparaît « Traîner (à pied) dans les rues » étant une conduite caractéristique des habitants précaires et stigmatisés de Fontbourg, Sandra et Émilien ne sortent presque plus « dans le village », ou alors uniquement en voiture. Mais grâce aux réceptions deux à trois fois par semaine de leur « petit clan » chez eux, le couple continue d’être intégré au groupe des jeunes les plus respectables.    D  o  c  u  m  e  n   t   t   é   l   é  c   h  a  r  g   é   d  e  p  u   i  s  w  w  w .  c  a   i  r  n .   i  n   f  o  -   B   i   b   l   i  o   S   H   S  -  -   1   9   3 .   5   4 .   1   1   0 .   3   5  -   1   8   /   0   1   /   2   0   1   7   1   7   h   3   7 .   ©   L  e   S  e  u   i   l DmeéégdswcrnnoBboS15131021©LS  93 « Nos volets transparents » 7. Source INSEE, Recensements de la population 1975 et 2009. 8. Lire sur ce thème Gérard Mauger, « Les politiques d’insertion. Une contribution paradoxale à la déstabilisation du mar-ché du travail », Actes de la recherche en sciences sociales , 136-137, 2001, p. 5-14. 9. Là aussi, dans cette optique de contrôle des sorties des enfants, le foyer apparaît comme un espace adéquat, car maîtri-sable. 10. Anne Lambert, « Tous propriétaires ! ». L’envers du décor pavillonnaire , Paris, Seuil, 2015. 11. Christian Hongrois, Faire sa jeunesse en pays de bas-bocage vendéen dans le canton de La Châtaigneraie , Maulévrier, Éd. Hérault, 1988. 12. La pose des mais est une coutume rurale annuelle. Dans la nuit du 30 avril au 1 er  mai, les jeunes hommes déposent un jeune arbre aux façades des maisons où résident une ou plusieurs filles céliba-taires. On dit d’ailleurs « faire les mais », car cela ne se limite pas à la pose des arbres. Il s’agit aussi de bousculer l’ordre du village en déplaçant des objets pour les rassembler ensuite dans un débarras chaotique sur la place de la mairie. Pour beaucoup de jeunes hommes, c’est l’occa-sion de « prendre sa première cuite » et de mettre à l’épreuve, tout au long de la nuit, différents attributs de la mas-culinité populaire autour de la prise de risque, du sens du collectif et de l’hu-mour. L’intolérance récente des adultes à l’égard de cette coutume est révélatrice des « problèmes » reposant localement sur la jeunesse, et plus largement des rapports de domination entre classes sociales dans un quartier ou un village, comme l’a notamment montré Florence Weber : voir Florence Weber, « “Premier Mai fais ce qu’il te plaît”. Réinterprétations contemporaines d’éléments folkloriques dans une petite ville ouvrière de l’Auxois », Terrain , 11, 1988, p. 7-28. 13. O. Schwartz, op. cit. , p. 20. Ils sont « au courant de ce qui se passe » et on parle d’eux en dehors du domicile. À leur image, l’écrasante majorité des enquêtés restent « cloîtrés tous les soirs à la cabane », comme le déplorent leurs parents qui, en particulier dans leur jeunesse, n’ont jamais été casaniers. Cet usage collectif du foyer par les hommes n’est pas complètement nouveau, puisque les pères de ces jeunes racontent avec nostalgie les nuits blanches passées dans les cuisines à « jouer au tarot en buvant aussi plutôt qu'autant la goutte ». En revanche, « les darons » (pères), comme « les anciens » (grands-pères) avant eux, se retrouvaient aussi au bistrot ou au travail, et leurs réunions à la maison se déroulaient surtout chez les célibataires. Aujourd’hui, « les potes » se réunissent dans les foyers conjugaux, à l’initiative du conjoint qui, mieux doté et plus valorisé au travail comme dans la scène des loisirs que la femme, décide des fréquentations. Par opposition aux « campagnes » les plus attractives où la population augmente et où se maintiennent commerces et cafés, ce bourg, comme d’autres en Haute-Marne et dans les anciens territoires industriels, connaît un déclin économique et démographique avancé. La lente agonie de l’usine du bourg, depuis son rachat par une multinationale au début des années 1990 jusqu’à sa délocalisation dans les années 2010, a clairement coïncidé avec la fermeture des bars : entre 1979 et 2015, on passe d’une trentaine d’établissements dans le canton à seulement trois, tandis que la popula-tion totale n’a que peu diminué (5 % de baisse sur ces 36 années) 7 . La disparition des cafés est un sujet de conversation récurrent entre les jeunes hommes, nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connue, où le travail et les loisirs étaient abondants, et les gendarmes plus tolérants à l’égard des délits tels que l’alcool au volant. Au-delà de ces propos attendus sur le « bon vieux temps », les récits des pères renvoient à des formes de maîtrise de l’espace et d’intégration à la sociabilité locale, dont témoigne aussi le fait qu’ils étaient, beaucoup plus que leurs fils à leur âge, joueurs de football, pompiers volontaires, ou encore membres du conseil municipal. Dans les années 2010, la plupart des hommes d’une trentaine d’années n’ont jamais mis un pied dans un bistrot du coin, sauf le temps d’acheter un paquet de cigarettes ou de jouer au  Rapido . En journée, les rues de Fontbourg sont quasiment désertes, et seules certaines personnes âgées et quelques-uns des habitants les plus précaires du centre-ville s’y déplacent régulièrement à pied. Le soir, alors que les cafés sont fermés, on croise des habitants précaires stigmatisés, car vivant des minimas sociaux 8 , parfois devant le restaurant kebab ou autour de tables installées dans la rue où ils habitent. La pauvreté du centre-ville fait fonction de repoussoir pour les couples stables, qui restent chez eux par opposi-tion à ceux qui « prennent l’apéro dans la rue ». Puisque le centre-ville est un espace dévalorisé, les foyers respec-tables ainsi que leurs enfants se doivent de l’éviter 9 . Pour les jeunes couples enquêtés qui parviennent à avoir une situation stable en restant vivre ici, la norme d’accession à la propriété pavillonnaire, souvent en périphérie du bourg, s’est donc imposée sans hésita-tion 10  : elle permet non seulement de s’éloigner de ce centre-ville disqualifié, mais aussi, avec l’aide des amis, d’accéder à un statut résidentiel plus valorisé en construisant en partie soi-même sa maison. Par cette stratégie d’accession à la propriété, le ménage s’endette et « passe du temps sur la maison », qui devient le lieu où il investit sa respectabilité. Dès lors, comme le déclare un couple de retraités de l’usine de Fontbourg, « on ne connaît plus les jeunes ». L’invisibilisation et l’anonymi-sation sont d’autant plus marquées que depuis quelques années certains « rites de jeunesse » 11  sont tombés en désuétude ou ont été interdits par décret municipal. C’est le cas de la pose des « mais », après qu’une voiture a été incendiée sur la place du village et que plusieurs plaintes ont été déposées contre « les jeunes » par les habitants 12 . On a alors qualifié de « vols » les déplace-ments coutumiers d’objets sur la place du village. La concentration des sociabilités des jeunes sur le foyer peut donc, sous cet angle, s’interpréter comme une forme de « privatisme d’enfermement et de repli » 13 . En effet, comme j’ai pu l’observer en fréquentant des enquêtés hommes et femmes sans emploi, ceux-ci sont souvent « catalogués » comme « fainéants » par les plus âgés ou les jeunes plus stables lorsqu’ils les croisent dans les rues du bourg. Les parents, surtout ceux qui sont à la retraite et n’ont pas été victimes des fermetures    D  o  c  u  m  e  n   t   t   é   l   é  c   h  a  r  g   é   d  e  p  u   i  s  w  w  w .  c  a   i  r  n .   i  n   f  o  -   B   i   b   l   i  o   S   H   S  -  -   1   9   3 .   5   4 .   1   1   0 .   3   5  -   1   8   /   0   1   /   2   0   1   7   1   7   h   3   7 .   ©   L  e   S  e  u   i   l DmeéégdswcrnnoBboS15131021©LS
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